Après la Petite Rotonde, cette pièce adaptée du livre d’Yvonne Gaudeau, comédienne et surtout première femme Doyen à la Comédie-Française en 1985, a ressuscité au cœur du Quartier latin – près de la Sorbonne et des lycées prestigieux où sont étudiés les grands classiques – une grande dame du théâtre magnifiquement incarnée par Isabelle Jeanbrau.

llLorsqu’elle entre dans la salle, pressée et essoufflée puis quitte la scène, valise à la main, l’illusion est parfaite et la frontière entre le jeu de scène et la vie réelle semble brouillée. Élégante et chic, avec son chignon impeccable, ses talons et sa petite robe qui souligne sa sveltesse, elle rappelle par sa grâce les comédiennes hollywoodiennes d’un autre temps, Audrey Hepburn ou les diaphanes héroïnes de Hitchcock. À travers ce voyage dans le temps, comme dans la mise en abyme du Paradoxe du comédien de Diderot, avec un sens aigu de la formule et aussi une poésie légère, ces réflexions tirées de conférences d’Yvonne Gaudeau permettent de découvrir dans ce seul(e) en scène qui nous tient en haleine les coulisses du théâtre et son univers vu de l’intérieur.

Mais loin d’être figée dans une posture didactique et distante, elle nous interpelle, nous pose des questions sur le plaisir du spectateur qui va de pair avec celui du comédien, nous entraînant avec humour, esprit et allégresse dans son intimité de vie d’actrice. Cette connivence avec le public est perceptible dès les premières minutes. Elle fait même monter sur scène une spectatrice prise au hasard, qui répète et apprend le métier sous nos yeux en quelques minutes.

nnOn passe de l’autre côté du miroir et on croit entrer comme par magie dans sa loge avec ses accessoires, ses robes suspendues. Ces confessions parfois pétillantes et aussi pleines de retenue et de pudeur – car la femme semble mise entre parenthèses – font revivre toute une époque, celle des grands metteurs en scène ou des acteurs qui ont marqué l’histoire du théâtre. C’est l’occasion de passer en revue des rôles qui ont marqué la carrière d’Yvonne Gaudeau et les extraits de Corneille, Marivaux ou Molière alternent avec les moments de monologue ou de dialogue avec le public. Les mimiques, les intonations d’une voix changeante quand elle interprète aussi d’autres personnages fictifs ou réels (comme Jouvet ou Mounet-Sully) au gré de ses souvenirs ainsi que les mouvements d’un corps protéiforme nous plongent instantanément dans des mondes variés sous forme d’exercices de style pleins de virtuosité mis en valeur par une subtile mise en scène.

L’émotion grandit entre les rires et presque les larmes quand on sent, par-delà la nostalgie, l’angoisse du temps qui passe, lorsque le cap de la quarantaine ne permet plus de jouer les rôles de jeunes filles. Cependant cette maturité aboutit à une forme de sagesse et à une connaissance du cœur humain à travers cette déclaration d’amour pour le théâtre ici partagée. Avant que le silence et l’obscurité ne marquent la fin du spectacle, d’une carrière et d’une vie, les quelques instants d’adieu à la scène et au public laissent un parfum de douce mélancolie.

Texte : Yvonne Gaudeau
Adaptation : Natalia Fintzel
Interprétation : Isabelle Jeanbrau
Mise en scène : Amandine de Boisgisson

Durée du spectacle : 1h05

Au Théâtre de la Contrescarpe, 5 rue Blainville 75005 Paris

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