Il était une fois un loup, un petit loup qui voulait être autre chose qu’un loup. La vue des moutons lui donna l’envie folle d’en devenir un. A ses yeux, les moutons étaient chanceux d’être des moutons et de pouvoir s’envoler dans les cieux. Pourtant, ils n’ont pas d’ailes et ce qui n’a pas d’ailes ne peut vraisemblablement pas voler. Les moutons, eux, dévisagent le loup et le fuient car il n’est pas comme eux. Eux, aux poils en forme de nuages prêts à s’envoler et lui, tout gris à la voix différente, demeure cloué au sol.

La magie du conte intervient  lorsqu’il parvient à rendre toute chose possible aux yeux de celui qui l’imagine ; nos moutons volent et notre loup veut fuir sa condition présumée de prédateur pour être autre ; une situation singulière car dans l’inconscient collectif, le loup est le méchant et les moutons sont les petites âmes exposées au danger. Ainsi, le prédateur n’a aucune raison de troquer sa condition contre celle d’un frêle. Pourtant, au bout du compte, même le loup finit par se lasser d’être un loup.

Pour illustrer ce conte de Mario Ramos, Le loup qui voulait être un mouton, c’est sous forme de spectacle de marionnettes muet que la Compagnie Lady Prog schématise parfaitement la progression imaginaire de la petite enfance. Le spectacle suscite l’éveil des sens chez les enfants et les adultes, parfois même plus aisé chez les enfants;  La vue et l’ouïe sont primordiales et représentent les seuls moyens de pénétrer le tableau dans un premier temps. Dans un second temps, leur imagination se chargera d’intégrer les signaux afin de les interpréter.

Dans cette optique, la mise en scène s’est basée sur la bonne représentation des notions communes que maitrisent déjà les enfants en bas-âge : les couleurs primaires associées aux lieux les plus fréquents dans les histoires pour enfants : bleu pour le ciel, vert pour le pré, ainsi que sur les animaux qu’on leur apprend en premier : moutons, loups, aigles.

Pareillement, Cyrille Louge réussit, à travers sa mise en scène, à parfaitement souligner la question de l’identité, de la différence et de l’acceptation. Le loup est l’intrus qui représente la différence rejetée par la masse qui forme un bloc contre la minorité. Dans cette masse, il peut y avoir des exceptions qui seraient ouvertes à la différence (ce qui est représenté par le mouton bleu qui se lie d’amitié avec le loup).

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«  Vu du ciel, en tout cas, l’illusion est parfaite »

Ce spectacle montre également la difficulté que soulève la volonté d’intégration qui occasionne parfois un mode de vie impropre à soi, ainsi que la différence ne devrait pas être un malheur mais tout autrement. Si l’herbe a toujours l’air plus verte ailleurs, cela n’est qu’illusion. Dans son cheminement de se faire accepter par les moutons, le loup s’exposera à des dangers qui mettront sa vie en danger.

Du déroulement du spectacle, nous retiendrons la délicate et gracieuse présence de Cédric Revollon et Ghislaine Laglantine qui ne prendront la parole que pour hurler le loup ou bêler les moutons. De plus d’avoir fait preuve de complicité entre eux deux, ils ont été parfaitement fusionnés aux  mouvements de marionnettes dont ils étaient les meneurs.

Les marionnettes façonnées par Francesca Testi et Ghislaine Laglantine étaient très réussies et astucieusement fabriquées pour former un loup très loup et des moutons très moutons. Le décor est épuré et réel  de sorte que l’instigation par l’image est au rendez-vous et se fait aisément.

Le loup qui voulait être un mouton est un spectacle où on a beaucoup rit et où les enfants étaient très excités à la vue de moutons qui ressemblaient à des nuages et face aux ruses du petit loup qui tentait désespérément de se faire accepter. Dans cette démarche initiatique de la petite enfance, cette petite représentation correspond à une moralité de la vie au sens large où ce spectacle est un microcosme de la vie.

Ce genre de représentation est bien plus avantageux à l’apprentissage et aux transmissions de valeurs qui, nous le savons, se réalise tôt dans l’enfance. C’est pourquoi, si vous avez des enfants, il serait intéressant de les faire profiter de cette représentation.

 

Du 9 janvier au 20 mars

Au Théâtre Aktéon

A propos de l'auteur

Lynda MEGHARA

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