Adam et Eve 2

Dans cette comédie apparemment légère, composée à partir d’Extraits du journal d’Adam (1893) et du Journal d’Ève (1905) du prolifique Mark Twain, surtout connu pour ses romans centrés sur de jeunes héros (Tom Sawyer, Huckleberry Finn) et leurs adaptations au cinéma, nous découvrons le plus vieux couple du monde dialoguant dans un journal imaginaire ou plutôt tentant d’entrer en communication et de se comprendre afin d’apprendre à vivre ensemble. C’est toute l’histoire de l’humanité qui est ici retracée, jour après jour, avec humour et émotion, à travers l’évolution des relations entre ces deux êtres si différents, avec leurs difficultés, leurs doutes et leurs joies aussi. On est séduit par la modernité du ton et du style, la simplicité pleine de candeur et de naïveté d’Ève qui s’opposent à l’agacement et à la méfiance d’Adam qui se sent peu à peu piégé et tient un discours initialement misogyne (« Cette nouvelle créature aux cheveux longs est un véritable boulet. »).

Adam et Eve 1

On retrouve les échos d’une approche originale et critique de la société américaine au tournant du siècle, une vision de la religion et de la morale développée dans d’autres écrits plus pamphlétaires de Mark Twain. Avec une lucidité pétillante, il s’interroge sur la condition féminine et les relations entre les hommes et les femmes en général, à travers ce couple originel et original en robe et en costume d’aujourd’hui, amené à cohabiter et à fonder une famille. Sous la forme d’un conte philosophique et moral, cette pièce nous renvoie à nous-mêmes, à notre société contemporaine, matérialiste et individualiste, comme celle qui est entrevue par le Petit Prince de Saint-Exupéry. La solitude existentielle est accentuée par la sobriété du décor minimaliste et cette guirlande scintillante qui matérialise le ciel étoilé au-dessus de leur tête, le jardin d’Eden étant surtout cette bulle invisible de tendresse et de complicité qui les réunit. Avec des mots de tous les jours, un mélange désopilant de familiarité et d’onirisme, dans le huis-clos de leur microcosme proche et lointain (le paradis, est-ce l’autre?), Adam et Eve nous délivrent un message poétique pour lutter contre le désenchantement du monde

De Mark Twain

Traduit et interprété par Julien Grisol

Avec Carola Urioste

Mise en scène Mario Aguirre

Produit par la Compagnie Théâtre Spirale

 

Jeudi à 19h30 jusqu’au 28 avril 2022. Durée : 1h

Au Théo Théâtre        

Au festival d’Avignon, à 10h au Sham’s théâtre du 7 au 30 juillet 2022.

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