« Mais qu’est-ce donc que l’exécution capitale, sinon le plus prémédité des meurtres auquel aucun forfait criminel, si calculé soit-il, ne peut être comparé ? », Albert Camus, extrait de Réflexions sur la guillotine.

« Dernier jour d’un condamné  » est un roman de Victor Hugo publié anonymement en 1829 chez Charles Gosselin puis reconnu par son auteur en 1932 dans sa préface où il le présente comme un réquisitoire politique pour l’abolition de la peine de mort. Le personnage condamné d’Hugo est inconnu. On ne connait ni son nom ni la raison de sa condamnation, il pourrait donc être innocent en réalité. L’attention est beaucoup plus portée sur les événements et le décor politique que sur le personnage lui-même.

« Les mauvaises actions de la loi » ou le « Meurtre judiciaire ».

C’est en 1812, à l’âge de 10 ans, à Burgos- Espagne, qu’Hugo assiste pour la première fois avec son frère et sa mère à un spectacle terrifiant qui marquera le début d’un long combat. Sous ses yeux, une foule de gens hurlants et au centre, un échafaud et un homme attaché. Le supplice de la guillotine est pour lui inacceptable, ce qui fait qu’elle sera une thématique très présente dans son œuvre.

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Dans un seul en scène, William Mesguish interprète le condamné d’Hugo lors de ses dernières heures de vie. Dans un long monologue saisissant, il nous livre les pensées et les états d’âmes de ce dernier, pris entre désespoir et énième tentative de déconstruire ce qui lui arrive. Avec beaucoup d’émoi et de justesse, il arrive à rester fidèle à l’esprit du personnage hugolien tourmenté et supplicié tel qu’il a été écrit et décrit.

 

Jeu et mise en scène :

L’adaptation et la mise en scène de David Lesné et François Bourcier élèvent le texte d’Hugo et lui octroient un réalisme tragique. Le décor sombre et funeste de la scène, le jeu des lumières et l’enchaînement des sons nous rappellent sans cesse la présence de la mort. Une mort libératrice qui tarde à arriver mais une mort malsaine et menaçante qui approche à grands pas et qui ne laisse guère du temps pour le discernement.

Rappelons que William Mesguish a, pour sa part, un grand talent pour interpréter des personnages baignant dans un pathos dégoulinant comme fut le cas dans ses précédentes représentations du fou dans Mémoires d’un fou de Gustave Flaubert (Théâtre de Poche, septembre 2015), ou encore le personnage de Pascal dans Pascal Descartes, écrit par Jean-Claude Brisville (Théâtre de Poche, juin 2015).

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La mise en scène ainsi que le jeu du comédien nous dressent un tableau où la mort est annoncée, crainte et attendue et où le temps est dévastateur car mène au chaos physique et mental. Ainsi, la représentation est marquée par des interruptions où le comédien sort de son espace dédié, en étant plus proche du public, afin de commenter certains passages, soit avec humour ou avec ironie dramatique. Une parenthèse qui doit avoir pour mission de souligner le côté absurde et tragique de la situation mais en même temps, nous sortir de l’angoisse propre au condamné qui nous est transmise. Par ailleurs, nous avons trouvé quelque peu exagéré que les chutes du comédien soient aussi nombreuses et qu’une projection d’un court film vidéo soit intégré au spectacle qui aurait très bien pu se suffire à lui-même.

Le studio Hebertot se transforme le temps du jeu en prison et la salle de théâtre en cellule. Aussi près que possible du personnage d’Hugo, nous côtoyons intimement les abysses des âmes condamnées et nous pouvons nous représenter, maintenant que la peine de mort est abolie en France, ce qui se passe encore dans d’autres espaces géographiques (57 états actuellement), où cette pratique demeure encore en vigueur.

 

Jusqu’au 3 novembre 2017

Au Studio Hebertot

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