Interprétée par de jeunes comédiens pleins d’énergie, cette comédie faussement légère, mordante, parfois grinçante aborde de manière audacieuse et originale un sujet d’une actualité douloureuse et difficile à traiter. Comment ne pas sombrer dans la critique virulente ou les émotions faciles et les discours convenus ? Le héros – ou antihéros malgré lui – traverse la société et différents cercles, amical, sentimental, professionnel, thérapeutique (animés successivement par ses proches lors d’une soirée d’anniversaire, un coach théâtral très entreprenant, la conseillère hystérique de Pôle emploi, des psy amoureux et en rivalité), tel un Candide des temps modernes, avec ses espérances, ses rêves, mais aussi ses moments de désenchantement et d’accablement justifiés.

Sur scène les cubes mobiles matérialisent bien le côté sisyphéen de ce parcours d’un enfant peu gâté par l’existence, confronté dès le début au rejet (commentaires des amis plus ou moins compatissants ou désobligeants) et vivant mal cette impression de déclassement et de néantisation feutrée. Le jeu de lumières accentue le contraste entre les épisodes d’une vie devenue chaotique, tandis que la voix qui chantonne sous forme de slam poétique évoque avec une lucidité amère les états d’âme de celui qui s’appelle à juste titre Malo Lecœur : mal au cœur, vague à l’âme, mal-être, malaise social, tournant et crise existentiels aboutissent à un morcellement du moi, voire à sa vaporisation, comme dirait Baudelaire.

Dans une société démente et pressée, d’où le rythme trépidant de la pièce et les sketches qui s’enchaînent, tout repose sur le paraître, l’image de soi et le discours des autres. L’individu marginalisé se trouve insidieusement réifié, aliéné, devenu le pion d’un système qui le manipule. Les autres défilent de manière caricaturale dans une galerie de portraits exacerbés qui remettent en question la notion de normalité et dénoncent le conditionnement des êtres déshumanisés. Satire, rire et émotion caractérisent ce combat pour la survie dans la jungle sociale et la reconstruction de soi envers et contre tout/tou(te)s.

Comédie dramatique, auteur et metteur en scène : Arnaud Patron, avec Paul Contagyris, Julia Letexier, Victor David, Étienne Audibert, Anne-Laure Hubert, Émilie Cren ou Meaghan Dandraël

 

 

Du 18 mars au 8 mai 2022, vendredi, samedi 20h30, dimanche 16h30, relâche 22 avril. Durée : 1h20

Au Théâtre Le Guichet Montparnasse  

15 rue du Maine 75014 Paris, métro : Montparnasse, Gaîté, Edgar Quinet. Tél 01 43 27 88 61

 

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