« Peste soit de l’avarice et des avaricieux ! »

L’avarice est un péché, oui, tout le monde le sait, c’est même le deuxième péché capital. Comment mettre en scène une pièce où le personnage principal est un avare notoire, tout en permettant d’édifier le spectateur en le faisant rire ?

Présentation

Voilà une farce plaisante qui n’a pas pris une ride : l’avide Harpagon, veuf et ayant du bien (qu’il compte garder), a tout organisé pour la tranquillité financière de ses vieux jours. Ainsi, il a le dessein de marier sa fille Elise à un riche vieillard qui ne réclame pas de dot, son fils Cléante est promis à une veuve. Quant à lui-même, Harpagon a formulé le projet de se marier à Marianne, une jeune fille sans fortune dont la simplicité des besoins promet de belles économies au vieillard avare.

Or, les projets d’un égoïsme implacable du père ne sont pas tout à fait au goût de ses deux enfants. Elise est amoureuse de Valère, qui n’est autre que l’intendant d’Harpagon, et Cléante aime… Marianne et cherche désespérément de l’argent afin de pouvoir l’épouser. Par ailleurs, l’avare garde dans sa propriété une précieuse cassette contenant dix mille écus. Paranoïaque, il cache jalousement son butin, prétend qu’il ne possède pas un sou, et se méfie de tout le monde, même de ses enfants.

Mise en scène

Comment se dépêtrer d’une telle situation ? Tout au long de la pièce, Molière distille son humour mordant, les comiques de situation s’enchainent et les quiproquos vont bon train. D’autant que la mise en scène de Frédérique Lanzarini est particulièrement bien réussie, dans un jardin jonché de feuilles mortes, des bruits de pluie et d’orage viennent ponctuer les scènes les plus importantes, comme ce dîner donné par Harpagon où Marianne et Cléante s’avouent leur inclination mutuelle.

Jeu des acteurs

Une mise en scène où Harpagon est admirablement bien joué, un personnage stéréotypé certes, mais à la personnalité marquante, un jeu à la hauteur des célèbres comédiens qui l’ont interprété précédemment. Les autres acteurs ne sont pas en reste, ce n’est pas le talent qui manque aux interprètes de Valère et de Cléante qui ont un jeu très juste et qui ont particulièrement bien compris leur personnage. Petite réserve pour Elise et Marianne qui ont un jeu assez convenu, enfin elles sont là où on les attend, à savoir dans leur rôle de filles de famille. Mention très bien pour Frosine, l’actrice joue une entremetteuse telle qu’on se l’imagine, maniérée et intrigante, flagorneuse à ses heures et qui n’hésite pas à délivrer des mensonges éhontés à un Harpagon crédule. Enfin, Maitre Jacques est admirable dans son rôle de domestique roublard, qui pimente la pièce de ses facéties et de son accent populaire.

Analyse

Une pièce qui soulève des problématiques assez classiques en somme, l’égoïsme paternel, la désobéissance filiale, les questions amoureuses faces aux questions matérielles, l’avarice. Le personnage principal, Harpagon, l’antihéros par excellence affublé de nombreux travers (il est d’ailleurs intéressant de noter que dans le théâtre de Molière les antihéros sont nombreux, on les retrouve plus rarement chez les autres dramaturges), possède des attributs caricaturaux. Mais Molière par l’habileté de sa plume, a mis les rieurs de son côté. Comme souvent, les questions de mariage entre jeunes gens mettent à mal le patriarcat si profondément installé dans la société de l’Ancien Régime.

Une pièce à voir ou à revoir, en famille ou même seul si vous êtes un Harpagon du vingt-et-unième siècle.

 

Mise en scène  Frédérique Lazarini.

Dramaturgie Henri Lazarini.

Assistante à la mise en scène Lydia Nicaud.

Musique de John Miller.

Avec : Emmanuel Dechartre,  Frédérique Lazarini,Denis Laustriat, Guillaume Bienvenu,  Didier Lesour, Jean-Jacques Cordival, Michel Baladi, Katia Miran, Charlotte Durand Raucher et Cédric Colas.

Image : Copyright Photo Lot.

 

Du 14 novembre au 31 décembre 2017.

Au Théâtre 14.

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