En une heure vingt ce spectacle offre un concentré de tout l’univers de Courteline. Sept courtes pièces permettent de faire le tour de ses thèmes favoris : les relations de couple, le monde de l’administration et des fonctionnaires, l’univers caricatural de la justice. La comédie est enlevée, le ton est vif, les dialogues truculents parfois étonnamment crus, avec des métaphores malgré tout transparentes. Le choix des couleurs des costumes (rouge pour les passions humaines quelles qu’elles soient et noir pour la part d’ombre des êtres) rend compte de cette dualité de l’homme jouant sans cesse la comédie, dans la vie publique aussi bien que dans la sphère intime. La mise en abyme théâtrale est soulignée par les porte-manteaux sur scène qui permettent aux comédiens de changer de costumes et de rôles devant les spectateurs pris dans un tourbillon lorsqu’ils voient défiler les personnages à un rythme effréné. Le spectacle est enrichi par des chansons reprises en chœur et la rengaine « Amusez-vous, foutez-vous d’tout », nouvel adage épicurien lucide et pragmatique, a des résonances étrangement actuelles.

fBallets mondains reflétant une société hypocrite reposant sur les faux-semblants, tous ces mouvements, ce jeu de chassé-croisé autour du désir amoureux, des frustrations et des malentendus de la vie quotidienne révèlent de cruels rapports de force. Les conflits d’abord larvés puis bientôt explosifs sont accentués de manière jubilatoire par les mimiques, les gestes outrés et les intonations poussées à l’extrême : l’homme n’est plus la mesure de toutes choses mais devient une allégorie de la démesure. Avec ces grimaces d’ouverture et les éclats de rires contagieux des comédiens serrés les uns contre les autres et bavards (surtout entre deux pièces, créant ainsi un effet de déréalisation et de mise à mise à distance), on comprend rapidement que l’humour sera grinçant, voire noir. En effet la comédie démonte allègrement les rouages d’une société corrompue à tous les niveaux si bien que la misanthropie pointe le bout de son nez derrière un masque faussement rigolard. Le ton est léger, l’atmosphère semble frivole alors que le propos est plus grave qu’il n’y paraît.

jCourteline dévoile et fait tomber les masques sans prendre de gants quand il s’agit de dénoncer des relations de couple malsaines – on retrouve les topoï du vaudeville indémodable –, un fonctionnaire parasite particulièrement habile et rusé ou quand il entreprend de faire le portrait d’amies bavardes et complices ou de la mère étouffante et ridicule de Sigismond avec son pot de fleurs, tous trois ballotés dans les transports en commun. Le décor dépouillé et minimaliste accentue l’angoisse du vide existentiel et la vanité de ces fantoches. Alors que le frou-frou des dentelles, les coiffures sophistiquées, la parlure des uns et des autres, en particulier l’argot, sont datés et renvoient à une époque révolue dont les échos nostalgiques, ceux de la Belle Époque, se retrouvent dans ce microcosme humain, entre duos amicaux et duels verbaux, certains dialogues résonnent de manière intemporelle, avec un mélange de rire et d’amertume : passant des scènes de ménage tragi-comiques (dilemme du mari bafoué et lâche entre honneur et instinct de survie) aux manèges stratégiques, chacun est renvoyé au bout du compte à sa propre solitude.

Sept pièces courtes de Georges Courteline

Mise en scène Bertrand Mounier et Virginie H. (costumes), collaboration artistique François Nambot, création musicale Kahina Ouali

Production : Coq Héron Productions. Coproduction : La Boîte aux lettres, avec le soutien de la ville de Versailles

Du 21 mars au 6 mai 2018 (du mardi au samedi à 19h, dimanche à 16h)

Au Théâtre du Lucernaire (53 rue Notre-Dame-des-Champs 75006 Paris)

Métro : Notre-Dame-des-Champs ou Vavin. Réservations : 01 45 44 57 34

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