Ce spectacle est une pièce traduite du roumain qui parle à tous en réveillant l’enfant qui dort en chacun de nous, autour d’une figure universelle, celle de la grand-mère, comme un hommage, une déclaration d’amour à toutes les grands-mères du monde. Une fillette de 8 ans prénommée Ami, merveilleusement interprétée par une « grande petite fille » en salopette bleue, qui a gardé le regard malicieux de l’enfance, ses couettes et ses bonnes joues, a décidé de devenir « soldate » pour protéger et défendre sa mamie malade, choix d’un drôle de métier si l’on en croit son institutrice et ses camarades de classe. Cette (é)vocation originale est centrée sur une figure tutélaire et bienveillante, à la fois présente et absente sur scène jusqu’à sa disparition discrètement signalée par le tableau couvert par un tissu coloré et le passage du présent au passé pour parler de celle qui n’est plus. La volubilité joyeuse compense la peur du vide et de l’absence avec au début de la pièce, la liste à la Prévert, dérisoire et précieuse, des objets de l’armoire et de ce qui permet de se raccrocher aux petits bonheurs de la vie quotidienne.

Le monologue est rythmé par les airs tantôt mélancoliques tantôt joyeux de la clarinette, avec un décor sobre et quelques accessoires (un grand coffre, des albums étalés par terre, un tableau blanc, un escabeau, un ours en peluche, une poupée en chiffon et l’armée constituée par d’autres petites poupées chargées de veiller sur la santé de sa mamie). Tout un monde surgit grâce à l’imagination d’une petite fille qui joue et bavarde avec humour et poésie dans l’esprit du Petit Prince de Saint-Exupéry ou de Ce que savait Maisie de Henry James, avec un mélange de naïveté, de candeur et de lucidité. Sa planète, c’est sa petite chambre et malgré sa solitude poignante (après la disparition de la mère d’Ami, son père qui a fondé une nouvelle famille, l’a confiée à la grand-mère qui devient le centre de son univers à reconstruire entre sa tante et l’école), l’atmosphère reste légère, le ton pudique et enjoué pour conjurer le mauvais sort et les aléas de la vie méchante. Grâce à son sourire, ses bons mots, sa vivacité, sa ténacité d’enfant luttant à sa manière pour la survie de celle qu’elle aime, la jeune comédienne évite le pathos et délivre un message d’espérance à travers un rêve éveillé de bonheur envers et contre tout.

De : Mihaela Michalov – Traduction : Alexandra Lazarescou.

Mise en scène : Anne Hérold.

Avec : Marguerite Courcier dans le rôle de la petite fill, musique de Hugo Proy (clarinette) et voix d’Eniko Szilagyi (berceuse).

Compagnie Alouette Productions.

Durée 1h10

Jusqu’au 23 décembre 2017.

Au Théo Théâtre, 20 rue Théodore Deck 75015 Paris.

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