bbbbbLe titre énigmatique cache une variation subtile et originale autour du célèbre conte de Perrault transposé dans le monde contemporain, avec ses mères pressées, ses grands-mères d’un autre temps et hors du temps et ses prédateurs aussi. Ici, « Le Petit Chaperon rouge » est une petite (jeune) fille d’aujourd’hui prénommée Marie, parfois vêtue de rouge, avec son cartable de bonne élève, ses grosses lunettes et ses envies de sortir du droit chemin pour explorer le vaste monde. En l’absence du père – car il n’y a pas de bûcheron ou de chasseur susceptible de sauver ces femmes du loup – on retrouve les figures féminines bienveillantes du conte traditionnel comme la mère en rouge (Jeanne) et la grand-mère fantasque (Louise) aux nombreuses robes à falbalas, qui a les accents d’une Dalida et qui vit dans ses rêves et ses souvenirs pleins de paillettes. Quant au loup – qui est certes grand mais pas si méchant – il est incarné par un jeune homme qui s’appelle Loup. Ce loulou de la cité Fauré/Forêt, maigre et affamé, en marge des boulevards et des quartiers plus sûrs où vivent les petites filles sages, dort à la belle étoile et rôde, en quête d’une proie ou de quelque chose à manger, petite fille ou sandwich. Rêveur, solitaire et triste, il est surtout libre, comme le loup de la fable et tentera de séduire la jeune fille en l’entraînant dans son errance aventureuse, sans jamais se déguiser ni contrefaire sa voix. Fidèle à ses valeurs et à l’authenticité qu’il incarne, il est finalement plus sympathique et mystérieux que menaçant.

vvvvvCette pièce familiale et initiatique s’interroge sur la quête des origines, le rôle des mères et plus généralement les relations entre les êtres et la construction d’une identité dans la période de transition que représente la pré-adolescence. Le début de la pièce est trompeur car l’ancrage semble réaliste avec la table de la cuisine sur laquelle le petit-déjeuner est servi par une mère célibataire infirmière toujours pressée, un peu étourdie, qui part à grand fracas le matin en cherchant fébrilement ses clefs. Soucieuse de l’avenir de sa fille et de son indépendance future, énergique et fragile, à l’image de tant de mères d’aujourd’hui courageuses et débordées, elle fait de son mieux entre ses moments de doute, de crise et d’effusion maternelle. Les épisodes cocasses, au rythme bondissant alternent avec ces débordements de tendresse et d’émotion après les grosses disputes mère/fille. Les moments de pause, les parenthèses poétiques sont mis en valeur par les jolis jeux d’ombres et de lumières, les intermittences de couleurs, les projections de vidéos et le décor en métamorphose. Proches mais aussi enfermées dans leurs préoccupations, à toutes les générations, mères et filles s’affrontent et se retrouvent et ce sont ici des destins de femmes qui sont évoqués dans l’universalité et l’intemporalité d’un conte moderne. La grand-mère disparaît après un ultime dialogue sur la vie et la mort avec la petite-fille qui vient régulièrement lui rendre visite, avec sa fable (mise en abyme des lectures d’enfance) à apprendre par cœur et ses questions qui ont remplacé la galette et le petit pot de beurre. Cette perte évoquée avec pudeur est le catalyseur d’une crise existentielle et d’un mouvement de révolte qui prend la forme d’une fugue de la petite fille modèle jadis obéissante : elle ose enfin dire non et entrer en rébellion contre l’ordre (dans tous les sens du terme) maternel. Entre l’ineffable grand-mère envolée mais toujours présente, la mère-poule aimante et le loup amoureux aux discours subversifs, la petite grandit tant bien que mal et finit pas s’affirmer, réveillant le Petit Chaperon rouge qui sommeille en chacun de nous.

 

Texte et mise en scène Carole Thibaut

Avec Yann Mercier, Marie Rousselle-Olivier et Hélène Seretti

Du 14 au 17 novembre.

A La Maison des Métallos ( 94 rue Jean-Pierre Timbaud 75011 Paris)/ tél : 01 47 00 25 20

fffff

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publié.