Un praticien s’adresse aux participants d’un colloque en psychiatrie. Il présente un cas extraordinaire de diagnostic erroné. Depuis dix ans Monsieur Louvier est schizophrène. Malgré les efforts pour surmonter l’écoute des voix et sons qui intoxiquent sa vie, il ne s’explique pas la raison de sa folie. Lorsqu’il demande un deuxième avis, il découvre qu’il ne souffre pas de schizophrénie. Victime de la facilité d’un mauvais diagnostic, il endure pendant dix ans l’incompétence de son premier psychiatre avant d’être finalement diagnostiqué bi-polaire. Malgré les médicaments prescrits, les voix sont toujours présentes sans qu’il puisse comprendre leur raison d’être. Il porte un pantalon et une chemise blanche. Denis Lachaud, à la manière d’un schizophrène joue le médecin, le patient, et le praticien.

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Sa souffrance se tisse au travers de chaque séance de psychanalyse où patient et médecin vont essayer de découvrir d’où viennent les voix qu’il entend un peu partout mais principalement sur la voie publique. Livré à sa propre pensée, il s’entend désirer le corps des hommes. Les désirs exprimés sont puissants, nous assistons à une longue liste de jeux psychologiques tissés par sa lutte interne. Monsieur Louvier découvre que ces voix sont ses pensées. Il s’adresse au public, face à son psychiatre, sur une scène entièrement noire comme un vieux tableau d’école. Cet intimisme enveloppe les séances, il arrive graduellement à exprimer l’indicible. L’évocation de ses vacances en Normandie ramène à lui le souvenir d’une insoutenable agression et lentement il va chercher par des périphrases la vérité impossible à formuler, son oncle le violait dès le plus jeune âge.

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« La Magie lente » a été conçue avec l’aide de plusieurs psychiatres. Elle pose une réflexion fondamentale sur le rôle de la psychanalyse dans la médecine. Elle nous permet de guérir grâce aux outils du langage. En outre, elle dessine de frontières claires entre l’identité sexuelle, le viol et la pédophilie. À la question : est-il devenu homosexuel à cause de son viol ? La réponse est non. Il n’assume pas ses désirs précisément à cause du viol.  Il est figé d’un côté par la violence du viol et d’autre part par la société lui indiquant qu’être un homme signifie être hétérosexuel. Elle nous éclaire cependant sur une réalité atroce, la violence vécue par cet enfant génère d’innombrables désirs d’agression contre lui et contre d’autres, il éprouve d’ailleurs des pulsions pédophiliques pour son fils. Il pourrait être à son tour criminel. La possibilité de résilience grâce au langage et à l’évocation du passé permet une prise de contrôle de son identité. Le discours de Monsieur Louvier est un tissu linguistique de répétitions de phrases entendues par son entourage, d’excuses et d’euphémismes avec de légères variations de tons. ; La voix parfois apeurée parfois laconique est toujours un moment de confession. Certains objets scéniques tel qu’un verre d’eau, un stylo, une table et des chaises parsèment la scène. L’eau est indispensable au patient qui se rafraîchit, se coiffe et en bois régulièrement. Elle est un indicateur psychologique qui suggère le cabinet, la salle d’attente, puis l’hygiène. Le stylo accompagne toujours la voix du psychiatre. Enfin, cette mise en scène est intéressante par le choix précis d’emboîtement de la pièce, la performance du comédien et la justesse des objets scéniques. On trouve rarement ce type de mise en scène qui semble être composée d’un seul coup de pinceau qui dessine tout un tableau.

 

DISTRIBUTION

De  Denis Lachaud

Mise en scène  Pierre Notte

Avec  Benoit Giros

Lumières  Eric Schoenzetter

Costume  Sarah Leterrier

Administrateur  Romain  Picolet

Service de presse  Zef  – Isabelle Muraour et Emily Jokiel

Du 04 avril au 15 avril 2018 

Au Théâtre de Belleville

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