Sergio Grondin est conteur, racontér en créole. L’artiste réunionnais se produit du 3 au 14 juin, à Paris, à la Maison des Métallos et présente son spectacle mis en scène par David Gauchard.

Le conte moderne de Sergio Grondin invite le spectateur à se questionner sur la construction du lien à travers les générations. Son personnage, narrateur, livre son vécu à la première personne, une première personne qui semble impliquer l’auteur, à travers un récit d’autofiction. Le conte mène le spectateur à la génération précédente, celle de parents qui ont eux-mêmes grandi dans un contexte social et familial instable. Le narrateur nous parle en particulier des pères dont la relation à leurs enfants est brutale, par les gestes mais aussi par l’absence. Le récit de l’ascension et de la chute de son père boxeur assigne à ce personnage un rôle de mythe lointain et absent : une figure virile, combattante, mais non paternelle.

La mise en scène de Kok Batay se veut épurée, un bassin d’eau figurant l’épuration des sentiments par la parole, ou l’insularité, comme pour signifier que l’individu est intimement lié à son territoire (géographique, social, symbolique). Ce n’est pourtant pas dans l’esthétique visuelle que réside la force du spectacle mais dans le texte. Les paroles en français et en créole évoquent la double identité du personnage. Partant d’une expression traditionnelle orale, Sergio Grondin confère au conte une couleur davantage lyrique que merveilleuse. Déclamée, parfois rappée, son histoire traite de la rupture réelle ou symbolique du lien familial, due aux traumatismes historiques et sociaux qui ont pu marquer les sociétés antillaises. A travers cette mise en abîme historique et personnelle, le narrateur cherche à recoller les morceaux de son passé, pour livrer un témoignage critique du cercle vicieux de la violence dans l’éducation.

Du 3 au 14 juin 2015,
A la Maison des Métallos.

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