Kiki est le dernier spectacle écrit par Hervé Devolder et Milena Marinelli, mis en scène par ce premier et joué par cette dernière.
Il retrace l’étonnante et passionnante vie de Kiki de Montparnasse, (de son vrai nom Alice Prin), égérie des années folles, laquelle fut liée d’amour ou d’amitié aux grands peintres et artistes de l’époque : Soutine, Cocteau, Foujita, Modigliani, Desnos, Man Ray…
Le spectacle se déroule au théâtre de la Huchette. La salle est petite, intimiste, les fauteuils usés ; on se sent d’emblée dans une autre époque, une atmosphère d’un temps passé, chaleureuse, un cocon, tout prêt à recevoir des confidences. La lumière se fait. Jonché sur une petite scène, nous apparaissent, un simple bar fait de bois au centre de l’espace et Milena Marinelli, splendide Kiki, vêtue d’une remarquable robe des années 20 et d’un carré court noir relevé de deux mèches sur les joues. Un voile noir léger en fond de scène laisse entrevoir un pianiste assis à son piano.
La comédienne se présente comme étant Kiki et se met à nous raconter sa naissance, sa jeunesse.
Enfant illégitime, elle est d’abord élevée, dans le dénuement le plus total, chez sa grand-mère en Bourgogne et rejoint par la suite sa mère à l’âge de 13ans à Paris pour travailler (alors que la guerre éclate). Les rapports avec sa mère ne sont pas vraiment concluants et, c’est le froid et la faim au ventre que Kiki, accompagnée de son inaltérable joie de vivre, trouve sa place parmi les artistes désargentés de Montparnasse. Elle devient la muse de ces derniers ainsi qu’une artiste peintre, chanteuse et figure incontournable de la vie (en en étant même élue la Reine) de Montparnasse.
On est très vite happé par le récit que l’on nous offre. Le texte est beau. Les moments bien choisis. Le dynamisme, la vivacité et l’implication de la comédienne nous séduisent complètement. Elle nous fait passer du rire aux larmes et incarne avec pertinence le personnage gai, touchant et plein de vie dont elle dresse le portrait.
Le spectacle, à la croisée du théâtre et du cabaret, est constellé de moments chantés dont la justesse et l’interprétation sont de véritables instants de joie. Les chansons, créées pour le spectacle, sont pétillantes, entraînantes et agrémentent intelligemment le récit. L’accompagnement au piano est lui aussi remarquable. On est plongé en plein dans les années folles. Le pianiste, outre son rôle de musicien, intervient à plusieurs reprises et sur différents registres pour ponctuer l’histoire racontée par Kiki ; tantôt pour placer un bon mot tantôt pour apporter une précision. Ces interventions dynamisent le jeu et contribue à créer une proximité et une complicité avec le public. En effet, on a l’impression d’y être. Notre corps est sur son fauteuil mais notre tête est dans le Montparnasse des années 20. De nombreuses images nous apparaissent. On imagine les courses de Montparnasse à Montmartre, cette femme qui a fait tout le trajet dans un tonneau, l’excentricité de ces années, qui ne portent pas, de façon anodine, le nom de Folles.

Jusqu’au 2 janvier 2016,
Au théâtre La Huchette.

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