Ivanov et la tristesse silencieuse de l’amour…

L’Ivanov de Christian Benedetti est d’abord un choix des matières et des couleurs sur scène. Rustique et désarticulé, le bois est l’élément revêtant les malheurs et les joies des personnages.

zzzzLe choix du décor est basé sur la transformation et la malléabilité de ce mur objet scénique et décor à la fois. Une scène qui se transforme pour permettre à cette comédie en quatre actes de maintenir une couleur bois grisé accompagné de quelques chaises, des tables et un piano tout au long de la pièce. Véritable construction de la troupe où le revers de l’illusion théâtrale est traité comme moyen de distanciation. La troupe accommode les objets scéniques en préparant les actes qui se suivent. Chaque scène se compose des panneaux mobiles faisant office de fenêtre ou de porte par où les personnages de cette farce vont circuler dans une fièvre de mouvements saccadés et nerveux puis plongeant dans une paralysie des silences. Les différents actes : l’exposé des peines du « vieil » Ivanov, la scène de ménage auprès de sa famille, la buvette fantastique chez ses amis et créanciers, le deuxième mariage et la mort d’Ivanov vont être scandés par la musique, véritable bijou de cette mise en scène.

Ivanov est un homme en proie à la fatigue et dégoûté par son âge, il est convaincu qu’il est entré dans un clivage d’âge et de fatigue. Les problèmes économiques de la famille et les péripéties qui s’en suivent pour résoudre ces manques matériels font le comique et la fatalité d’Ivanov. Nous sommes attirés et rejetés en même temps par les tirades morbides du personnage principal. Ivanov a perdu la foi en l’avenir.

rrrrCette mise en scène montre une pensée esquissant la dureté de nos émotions et la malléabilité de l’amour. A l’aide de ce mur en bois comme espace total, nous rencontrons Nikolaï Ivanov profondément déprimé. Lassé de la maladie de sa femme, marié depuis cinq ans à Anna Petrovna. Figure frêle et amante que nous retrouvons en robe de chambre rose. Depuis la fenêtre, elle raconte une histoire d’agonie. Depuis la fenêtre, elle est distanciée de la scène, elle est déjà en exergue représentant entièrement la tuberculose.

Distanciés à l’aide des silences posés entre les tirades, le rythme entre la voix, le son et la musique sont un véritable pari esthétique. La grande force de cette pièce est d’avoir tissé comme dans un canevas les relations sociales pour qu’on puisse découvrir dans les silences la tristesse d’Ivanov.

Les amis sont un noyau qui entoure le personnage principal, le boiteux, l’ivrogne, le saltimbanque, la frivole, la matérialiste, l’idéaliste. Les acteurs font preuve de désarticulation, de plasticité, leurs corps racontent une histoire d’exigence où l’on peut se perdre dans la délicatesse des suggestions du metteur en scène ayant saisi la force de l’ambivalence de l’œuvre de Tchekhov. Finalement un coup de fusil qu’on n’entendra à jamais.

texte Anton Tchekhov
mise en scène Christian Benedetti

avec Vincent OzanonLaure WolfPhilippe LebasPhilippe CrubézyBrigitte BarilleyAlix RiemerYuriy ZavalnyoukLise QuetNicolas BuchouxChristian BenedettiAntoine AmblardMartine VandevilleAlex Mesnil

traduction Brigitte BarilleyChristian BenedettiLaurent Huon
scénographie Christian BenedettiEmma Depoid
assistants à la mise en scène Élodie ChamauretAlex Mesnil
costumes Hélène Kritikos 
avec la participation musicale de Élisa HuteauMichel Rabaud

Du 7 novembre au 1 décembre 2018.

A l’Athénée Théâtre Louis-Jouvet.

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