Hugo avait deux filles : Léopoldine et Adèle. La première, l’aînée des deux, était le rayon de soleil de son père. Eclatante, enjouée et gaie ; de celle qui a le don pour la vie. La deuxième, de six ans sa cadette, et dernière d’une fratrie de cinq enfants, était quant à elle sombre, fragile, instable. Lorsque Léopoldine meurt noyée à 19 ans dans un accident de bateau, cela plonge toute la famille dans un deuil inconsolable. Hugo ne s’en remettra jamais, cherchant sa fille perdue partout : dans le spiritisme, à travers des maîtresses qui lui ressemblent, ses écrits- le poème le plus célèbre étant « demain dès l’aube ». Cela fragilisera davantage Adèle encore, laquelle à la suite d’autres évènements marquants (une déception amoureuse avec un soldat et l’exil de la famille à Guernesey), verra sa santé mentale fortement troublée et finira internée à l’asile jusqu’à la fin de sa (longue, puisqu’elle mourra à 85 ans) vie. Son histoire a d’ailleurs inspiré nombre d’artistes dont Truffaut avec son Adèle H incarnée par Isabelle Adjani.

Filip Forgeau raconte l’histoire des deux soeurs, l’une cygne et l’autre colombe, par delà la vie et la mort. L’omniprésence de l’absente et l’absence de celle qui peinait tellement à être là.
Dans une ambiance fantomatique et un décor de maison hantée au milieu de laquelle trône une longue table nappée de noir, les deux comédiennes incarnant « Didine » et « Dédé », opèrent. Difficilement, laborieusement. Non pas qu’elles soient mauvaises, au contraire, on sent qu’elles en ont sous la pédale, mais la partition qu’on leur donne à jouer est, hélas, poussive. Un texte un peu plat, des effets de mise en scène sans réelle justification faite de rituels ennuyeux. Et la direction d’acteur ô combien formaliste. Les comédiennes semblent bridées au travers d’effets encore dont on ne comprend pas bien l’utilité. Pourquoi les oblige-t-on à ponctuer de rires l’ensemble de leurs répliques ? Serait-ce pour compenser la teneur d’un texte qui se sait faible ou pour tromper l’ennui ? Ca ne marche malheureusement pas et l’on se sent, à notre tour, enfermés dans un récit qui peine à nous transporter.
Certains passages de textes d’Hugo sont pourtant beaux mais ils auraient gagné à être incarnés avec plus de liberté, moins cérémonieusement.

Du 11 au 23 octobre 2016,
Au Théâtre de l’Epee de bois.

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