C’est à la Folie Théâtre qu’a lieu l’adaptation de l’œuvre de Tahar Ben Jelloun,  Giacometti, la rue d’un seul, parue aux Editions Gallimard en 2006. C’est la rencontre de deux personnalités majeures, de deux esprits, qui se retrouvent le temps d’un récit, d’un spectacle. Alberto Giacometti est un peintre et sculpteur suisse qui a vécu entre 1901 et 1966. Artiste surréaliste, ses œuvres d’art réinventent la création en mettant en avant l’inconscient, l’utopie et le rêve. C’est grâce à Jean Genet que Tahar Ben Jelloun fait la connaissance des œuvres de Giacometti. D’emblée, il lui devient évident d’établir un lien entre ces sculptures et la rue d’un seul qui se trouve dans la Médina de Fès.

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« La rue d’un seul est devenue, grâce à Giacometti, la rue pour plusieurs et les animaux pouvaient, paresseusement, la longer comme un fil entre deux points inconnus»   T. Ben Jelloun

L’auteur remonte vers ses souvenirs d’enfance. Les sculptures de Giacometti lui rappellent ces rues si étroites, se trouvant à Fès, qui ne pouvaient contenir deux personnes en même temps. La vision de ces longues et maigres corpulences se révèlent en lui comme une évidence. Les statues de Giacometti étaient faites pour les rues d’un seul à Fès et ces rues étaient faites pour ces êtres de bronze.

 

 

4100083592«  Tels des décombres ayant beaucoup souffert en perdant leur poids et leur sang anciens »

C’est ainsi que définit René Char les statues de Giacometti qui renvoient à ces hommes et femmes dépouillés de vie, desséchés et privés d’énergie, sculptés dans une matière de désespoir apparent et perceptible à l’œil nu. L’artiste sculpte l’humanité avec ce qu’elle comporte comme abîmes et complexité. Des figures non humaines, mais tellement réalistes qui portent en elles toute la misère du monde et qui contiennent toutes les larmes retenues par pudeur.

 

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Une mise en scène attrayante

La mise en scène de Sarah Vaussier est sobre et sans artifices, profonde et motive la réflexion tout le long de la représentation. C’est au côté de Valérie Pujol que la metteuse en scène prend également place dans cette transmission scénique qui nous est offerte durant une heure de temps qui nous permet de nous replonger au cœur de l’œuvre de Ben Jelloun. Deux voix singulières et deux corpulences complémentaires, toutes deux vêtues d’habits gris à l’image de cette grisaille tant prisée chez Giacometti. Un univers obscure et des lumières irrégulières, accompagnés de quelques chorégraphies de Sylvaine Soldano qui suppléent la plénitude des ressentis étouffés et des soupirs réprimés. En somme, un spectacle qu’il serait effectivement intéressant de découvrir.

 

Du 11 mars au 04 juin 2016

A La Folie Théâtre

 

A propos de l'auteur

Lynda MEGHARA

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