Entrer dans l’univers de Frédéric Fromet, c’est accepter de répondre à la fameuse question « peut-on rire de tout et de tout le monde ? ». C’est laisser de côté le politiquement correct et accepter de rire de soi, des autres, de sujets quotidiens comme difficiles. Personne n’est épargné : les bobos parisiens, les provinciaux, les footeux, les accros aux nouvelles technologies, les vieux de banlieues, les adeptes de la fumette, les catholiques aussi bien que les djihadistes, les dictateurs ou les fraudeurs du fisc…

Les auditeurs de France Inter connaissent l’humoriste par sa chanson hebdomadaire dans Si tu écoutes, j’annule tout. Pour ce concert donné à la Comédie de Paris, il reprend certains des titres de l’émission ainsi que de son album Ça fromet !, réalisé en collaboration avec Les Ogres de Barback. Il s’adjoint également l’aide des musiciens François Marnier, à l’accordéon et au clavier, et Rémy Chatton à la contrebasse et à la grosse caisse – qui ne sont pas en reste pour ajouter leur touche d’humour au spectacle.

Frédéric Fromet ose tout et chante franchement, sans détour et sans ménagement. Avec la tête du gars à qui on donnerait le Bon Dieu sans confession et une voix d’une tessiture plus proche du contre-ténor que du basse, on ne l’imagine pas s’aventurer sur des terrains minés tels que le terrorisme, la laïcité, Assad ou Poutine. Ce contraste entre ses propos et son apparence fait naître le rire de plus belle et participe au succès de l’artiste. D’autant que le trublion n’est pas exempt d’autodérision, s’amusant qu’un internaute lui ait trouvé une tête d’abruti. Il joue aussi du fait que ses chansons ne peuvent pas plaire à tout le monde, insistant avec ironie sur le fait que non, il ne faut pas prendre tout ce qu’il dit au premier degré. Cette interaction avec le public est d’ailleurs l’un des points forts du spectacle : l’artiste joue avec son auditoire, l’interpelle pour mieux ironiser sur ses cibles, sur ses propres chansons et les réactions qu’elles suscitent. Ainsi les spectateurs sont-ils pris à témoin du fait que, s’ils ne se sentent tout d’abord pas concernés par ses allusions malicieuses, ils le sont en réalité : on est tous un peu provincial, un peu bobo, un peu accro à notre smartphone. Et l’amusement est d’autant plus savoureux – si ce n’est exutoire – qu’on se reconnaît, soi ou son voisin, dans bon nombre de ces traits. Dans le rire des spectateurs, il y a aussi parfois cette légère honte à s’esclaffer à certaines blagues, à l’évocation de sujets polémiques, ce petit « Ah quand même il exagère… », toutefois pas assez fort pour empêcher la réjouissance. Cependant, à aucun moment on ne ressent un manque de respect envers les groupes sociaux qu’il raconte, juste une ironie cinglante envers nos petits travers. L’humoriste lâche en revanche la bride quand il s’attaque au terrorisme ou à la dictature syrienne : il n’est alors plus moment de faire preuve de considération. Lâcher du lest sur des thèmes douloureux est cathartique et le public sent son cœur s’alléger à mesure que les paroles s’envolent.

Le (fou) rire vient aussi des associations improbables de ses chansons : ainsi Papaoutai de Stromae devient Kippaoutai et l’occasion de parler de laïcité, La fièvre de NTM devient La fève (dans la galette) et l’occasion d’évoquer la société de consommation – hilarante imitation de Joey Star, antithèse physique et vocale de Fromet. Ponctué de jeux de mots savoureux, ce concert est un remède miracle contre la déprime du dimanche soir et notre société de plus en plus policée.

 

Frédéric Fromet

À la Comédie de Paris

À partir du 22 janvier 2017, le dimanche à 19 heures

A propos de l'auteur

Pauline Monnier

Pauline est éditrice aux éditions Lextenso (spécialisées en droit). Amatrice de théâtre et de cirque tout autant que de littérature et d'expositions, elle se passionne également pour les voyages, ayant notamment traversé huit pays d'Asie huit mois durant.

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