Alice Cherki : « C’est surtout le désir de transmettre aux générations à venir une histoire singulière… »

Alice Cherki est une militante de première heure. Elle a côtoyé Frantz Fanon, l’anticolonialiste. Une rencontre fructueuse qui s’est soldée par un engagement. Il s’agit d’un combat portant le nom de la cause algérienne. En pleine Guerre d’Indépendance. L’auteure n’a pas hésité à manifester son soutien pour une Algérie libre et indépendante. Plus tard et au fil d’une longue expérience, Alice Cherki a ressenti le besoin de relater sa jeunesse et ses luttes. Pour concrétiser ce projet, elle a publié chez Barzakh Mémoire anachronique.  Un condensé de mémoires qu’elle analyse à travers cet entretien.

 

Vous êtes psychiatre et psychanalyste. Une militante ayant soutenu la cause algérienne pendant l’occupation. Non seulement vous faites partie des anticolonialistes, mais aussi, vous avez côtoyé Frantz Fanon. Dans quelles circonstances l’avez-vous connu ?

Alice Cherki : Je me suis simplement révoltée contre la situation coloniale. Ce qui fait que je me suis engagée pour l’indépendance de l’Algérie. Pour ce qui est des circonstances, comme je l’ai écrit dans l’introduction de mon livre « Frantz Fanon, portrait » paru aux éditions Seuil, notre rencontre a eu lieu lors d’une conférence de l’AJAAS (association de la jeunesse algérienne pour l’action sociale). Un organe dont je faisais partie bien entendu. Externe des hôpitaux, j’aspirais à une formation de psychiatre. Fanon me proposa, par la suite, un poste à L’Hôpital psychiatrique de Blida-Joinville.

 

Votre ouvrage, Mémoire Anachronique, (Barzakh),  met en exergue votre engagement. Peut-on parler d’une introspection, d’une certaine nostalgie?

A.C : Pour être franche, je ne parlerai pas de nostalgie par rapport à cet écrit. C’est un sentiment que je n’éprouve pas car cette expérience de la lutte algérienne et ma traversée de vie m’ont ouverte sur le monde. En d’autres termes : explorer d’autres horizons, au delà des territoires visités. Et accessoirement en France où j’ai pu, grâce à ses expériences, comprendre et aider « les enfants issus de l’émigration maghrébine ». Disons que depuis l’an 2000, J’ai eu un désir épisodique au vu des événements qui ont marqué le monde.

 

Faire partie des anticolonialistes, c’est aussi encourir des risques. On suppose que vous avez été exposée à beaucoup  de dangers…

A.C : Absolument ! Agir dans de telles circonstances ne nous met pas en sécurité. Il y avait la menace de la prison, l’exil forcé et aussi, la désignation de « traîtrise ».

Écrire vos mémoires, est-il un moyen pour reconstituer le cheminement de vos pensées ?

A.C : Pas forcément. C’est surtout le désir de transmettre aux générations à venir une histoire singulière.  L’histoire a été souvent enseignée sur un mode linéaire, abrasant les complexités, pour ne dire que cela. C’est une démarche personnelle. Il ne s’agit pas de bravoure, mais de nécessité. Après tout : À quoi sert une vie si on ne transmet rien ?

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                                                                     Propos recueillis par Fadhel Zakour

A propos de l'auteur

Fadhel Zakour

Diplômé en presse écrite, il travaille dans le domaine du livre. Amoureux des beaux arts et des belles lettres, il collabore avec le premier magazine littéraire en Algérie (L'ivrEscQ). En 2016, il a publié son premier recueil de poèmes "L'Empire des mots", chez Edilivre.

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