Un arbre, un paysage qu’on imagine lunaire. Vladimir et Estragon, deux comparses d’infortune, se plaignent, tergiversent, attendent… mais quoi ? qui ? Un certain Godot… Ce personnage central de la pièce ne viendra jamais.

Godot est pourtant présent, Vladimir et Estragon en parlent, s’interrogent, espèrent, vont jusqu’à imaginer son aspect physique (« a-t-il une barbe ? ») Après moult tergiversations, surgit Pozzo, rugissant, menaçant, vociférant, prétendant être le propriétaire des lieux. Avec dans une main un fouet, dans l’autre une corde au bout de laquelle chancelle Lucky, son esclave efflanqué.

qqLe spectateur ne peut qu’être révolté par un tel tableau d’asservissement cruel, mais évidemment Beckett brouille les pistes, et finalement on est amené à se poser la question : qui est le maître ? qui est l’esclave ? Le maître n’est-il pas dépendant de l’esclave, à tel point qu’il ne peut se résoudre à s’en débarrasser, même si celui-ci se révèle nuisible ? Puis, parce qu’il faut bien se distraire, Pozzo ordonne à Lucky de « penser ». Ce dernier se lance dans une logorrhée absurde et incontrôlable, un discours en apparence savant mais totalement abrutissant et inintelligible. Refusant de s’arrêter de parler, ses compagnons sont obligés de l’assommer.

Scène comique mémorable qui a plongé la salle dans une hilarité générale. Cependant, on sent la supercherie derrière tout cela. Beckett fait rire, mais ce n’est pas gratuit. Le rire a une fonction, on n’ose pousser l’analyse plus loin, de peur de se perdre dans des abymes métaphysiques. En attendant, (Godot ?) on est en droit de se poser la question suivante : cette pièce est-elle une œuvre désespérée ?

ssssssssToute la misère de la condition humaine y est dépeinte, avec une impitoyable acuité. Le spectateur rit, mais il est le dindon de la farce, car c’est bien de sa condition dont on parle dans cette pièce. Beckett entretien le mystère et prétend ignorer qui est Godot. Pourtant, les références bibliques sont nombreuses. Elles sont même tournées en dérision. (La mer Morte, où Estragon, songe, rêveur, à y passer un voyage de noces…)

Enfin, le jeu des acteurs est admirable, on est saisi par la force et la justesse de leur interprétation, cela doit être un véritable tour de force que d’interpréter ces personnages dont l’indigence philosophique est si palpable et qui « vivent » presque comme si de rien n’était…

Une pièce superbe donc, admirablement bien interprétée et magnifiquement mise en scène, un classique à aller voir absolument.

Auteur : Samuel Beckett

Mise en scène : Jean-Claude Sachot

Distribution : Philippe Catoire, Vincent Violette ou Guillaume Van’t Hoff,

Jean-Jacques Nervest, Dominique Ratonnat.

Durée :1h50

Du 07 avril au 14 mai 2019.

Au Théâtre l’Essaïon 

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