Après Les mains de Camille, une deuxième création de la compagnie Les Anges au plafond livre une représentation biographique sur Camille Claudel. Le texte est tiré des échanges épistolaires de la sculptrice tandis qu’elle était internée en hôpital psychiatrique durant la moitié de sa vie, jusqu’en 1943, date de sa mort. C’est alors qu’elle est jeune que son frère, l’écrivain Paul Claudel, et sa mère signent un avis d’internement, exigeant de l’institution hospitalière le plus grand isolement. Le titre de la pièce évoque une dualité dans la vie de Camille Claudel. Le début de sa carrière présageait le succès artistique et le bonheur. Est-ce la difficulté d’assumer un engagement artistique, trop singulier pour une femme, et la peur de voir la violence s’abattre sur celle qui dévie socialement, qui a enclenché l’aliénation mentale? Sa vie fût commencée avec force et créativité et se termina par l’emprisonnement. Une vie suspendue à l’état de rêve, d’idée, de concept, de chosification d’une femme.

 

Du Rve que fžt ma vie / Les Anges au Plafond / Chateauroux / Mars 2014

Sur scène, la comédienne Camille Trouvé incarne la sculptrice tandis que Fanny Lasfargues l’accompagne à la contrebasse. Le dialogue est sensuel entre la jeune femme qui tente, depuis sa cellule, de communiquer avec le monde extérieur et l’instrument qui rythme les mouvements de son esprit. Le texte de la pièce est exclusivement composé d’extraits des lettres envoyées, reçues et non expédiées par Camille Claudel. Ses lettres témoignent de la lucidité de Camille. Elles évoquent ses modestes demandes de liberté, son désir contrarié pour Auguste Rodin, sa méfiance du monde et l’abandon par sa famille. La comédienne reconstitue les messages de l’artiste en façonnant des feuilles éparses. Le papier prend corps, rappelle les sculptures sensuelles créées par la jeune artiste inspirée par son amour pour Rodin. Les figures de papier offrent un double langage, parlé et sculpté, car il est difficile de dire ses désirs lorsque ceux-ci se retournent contre soi. Les lettres-papiers-mots-sculptures représentent le médium qui donne forme aux élans contrariés. En paroles et en actes, le personnage de Camille déploie une œuvre qui est à la fois son langage et l’objet de son aliénation – elle déplore la commercialisation et la reproduction de son œuvre. Le spectacle présente l’œuvre de Camille Claudel comme celle d’une femme qui a résisté à la norme, ce qui lui a valu d’être exclue et aliénée. Le spectacle réhabilite la sculptrice, par une interprétation sensuelle qui désamorce le drame, par une dose de légèreté.


Dans le cadre de la Biennale internationale des arts de la marionnette.

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