Entre le terrestre et le céleste

Dans un coin sombre, une jeune femme est assise. Dos contre mur, le regard dirigé vers le bas, elle demeure muette, sans mouvement. Elle est contenue à l’intérieur d’un petit espace carré tapissé de gravier et de cailloux au sol. Un décor qui sème une grande curiosité au sein des spectateurs, et qui sont d’emblée pris d’intérêt et d’attention.
A travers cette adaptation théâtrale, José Pliya redonne une seconde vie au roman Du Domaine des murmures de Carole Martinez publié en 2011 aux éditions Gallimard et ayant reçu le prix Goncourt des lycéens.
C’est sous forme de monologue que Valentine Krasnochok incarne le personnage d’Esclarmonde, une fille de 15 ans, qui a désobéi au seigneur des Murmures, son géniteur, en refusant d’épouser l’homme qui lui a été attribué. Pour ce faire, elle se coupe l’oreille le jour de ses noces en guise de sa donation au Christ. Fou furieux du déshonneur, le seigneur l’emmure vivante où elle se retrouve désormais isolée du monde. Neuf mois plus tard, la pucelle donne naissance à enfant. Le trouble est semé. Miracle ou menace ?

affiche domaineCette pièce dépeint le périple intrinsèque d’Esclarmonde ; l’amour inconditionnel qu’elle portera à son père puis à son fils et la haine qui prendra aussitôt place dans son âme. Femme fille, femme mère, elle sera à la croisée des chemins entre le mystique et le charnel et nous fera frissonner lors de cette représentation d’une histoire aux couleurs du Moyen-âge, entre le réel et le magique, joignant la vie à la mort.
La représentation de la pièce est envoûtante et enivrante. L’émotion bat son plein, accentuée par la musique qui marque son ouverture dans des gestes muets, et par sa fin dans une obscurité dramatique. Par ailleurs, nous assistons à ce paradoxe hors norme, celui d’une recluse qui s’entête à demeurer dans sa geôle pour parvenir à être maîtresse unique de son destin. Mêler l’onirique au tragique n’est pas une combinaison anodine mais qui a été mené à bout et à bien dans cette représentation.

Au théâtre de Poche Montparnasse
Du 5 mai au 12 juillet 2015.

A propos de l'auteur

Lynda MEGHARA

Une réponse

  1. Manal

    je n’ai pas vu la pièce, mais ce que je lis me donne envie de le faire….

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