Despotisme ou démocratie…

 

Nous assistons au Théâtre de Poche à la mise en scène du pamphlet de Maurice Joly, Dialogue aux enfers entre Machiavel et Montesquieu, paru en 1864 en Belgique. Ce texte prend la forme d’un échange philosophique sur la politique moderne et ses travers en revenant sur le règne de Napoléon III et l’instauration d’un pouvoir totalitaire qui est passé par la manipulation de tous les milieux au détriment de la liberté sous toutes ses formes et qui a coûté à son auteur l’emprisonnement pour « incitation à la haine et au mépris du gouvernement ». Différents thèmes sont abordés par les deux penseurs : le pouvoir, la police, les finances, la démocratie, l’armée, ainsi que l’enseignement du droit à l’université jugé bon à supprimer pour empêcher en amont d’éventuels révoltes ou soulèvements populaires.

Si Montesquieu (1689-1755), théoricien de la politique et de la guerre aspire à la séparation des pouvoirs (état de droit, souveraineté de la nation), à l’élévation de la morale et à considérer le peuple comme acteur de l’Histoire, Machiavel (1469-1527), qui a souvent été accusé d’immoralisme, aspire plutôt à asservir tous les systèmes sociétaux et les garder sous contrôle, ce qui évidemment passe par le musèlement et l’inspection de tout outil d’information à savoir la presse qui connaît de nos jours un grand essor :

« -MACHIAVEL : Dans les pays parlementaires, c’est presque toujours par la presse que périssent les gouvernements, eh bien, j’entrevois la possibilité de neutraliser la presse par la presse elle-même. »

 « -MONTESQUIEU : Vous ne faites aucune place, dans votre politique, ni à la morale, ni à la religion, ni au droit ; vous n’avez à la bouche que deux mots : la force et l’astuce. Si votre système se réduit à dire que la force joue un grand rôle dans les affaires humaines, que l’habileté est une qualité nécessaire à l’homme d’État, vous comprenez bien que c’est là une vérité qui n’a pas besoin de démonstration ; mais, si vous érigez la violence en principe, l’astuce en maxime de gouvernement ; si vous ne tenez compte dans vos calculs d’aucune des lois de l’humanité, le code de la tyrannie n’est plus que le code de la brute, car les animaux aussi sont adroits et forts, et il n’y a, en effet, parmi eux d’autre droit que celui de la force brutale.»

@Victor TONELLI

@Victor TONELLI

Le spectacle a été un moment d’écoute et de réflexions intellectuels en présence de ces deux comédiens remarquables qui ont parfaitement incarné les deux personnages respectifs ; Pierre Santini dans le rôle d’un Montesquieu empli de sagesse et de quiétude, révulsé par les propos et l’effervescence de Machiavel qui est d’ailleurs magnifiquement joué par Hervé Briaux dans une puissance cynique remarquable. Le duo d’acteurs a fait preuve d’éloquence et d’alchimie dans un débat tantôt houleux, tantôt satirique, ce qui a tenu en haleine le public pendant toute la durée de la représentation au milieu de cet espace clos contenant quelques chaises, une bibliothèque chimérique et des costumes à l’image des personnalités des personnages (le rouge pour l’aspect luciférien de Machiavel et le bleu pour la pondération de Montesquieu).

Il est évidemment conséquent de saluer l’adaptation du grand metteur en scène Marcel Bluwal qui, à travers ses choix scéniques, a actualisé un texte et une problématique bien fondamentaux malgré leur ancienneté. L’essence même de cette pièce est de se rappeler de la nécessité de questionner, de se questionner et de réfléchir sur l’évolution (dégradation ?) des sociétés contemporaines. Par ailleurs, nous avons noté un verbe plus opulent chez Machiavel, comparé à un Montesquieu, que nous aurions aimé entendre davantage afin d’avoir une vision plus claire de la philosophie d’un défenseur de la démocratie et qui plus est un descendant d’une illustre famille de magistrats.

Nous encourageons le plus grand nombre à assister à cet échange prodigieux qui vous permettra de faire une réexpédition dans le passé afin de mieux appréhender les temps actuels.

Du 15 septembre au 29 novembre 2018.

Au Théâtre de Poche.

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