La sœur du poète qui est aussi la disciple et la maîtresse de Rodin est devenue un mythe, celui de la création féminine et de la révolte contre la famille répressive et une société corsetée. Camille Claudel a pris au cinéma le visage d’Isabelle Adjani et plus récemment celui de Juliette Binoche. La sculptrice sort de l’ombre de son maître et de son frère et entre en lutte, comme le souligne le titre qui se concentre sur l’émergence d’un nom, « Claudel » plus que sur le prénom (Camille). Le sous-titre « De l’ascension à la chute » reflète bien une trajectoire qui va de l’énergie créatrice au désespoir, du bonheur amoureux jusqu’à la solitude, traversée par le doute, la jalousie et l’angoisse. L’héroïne se fait un nom, à défaut de se trouver une place au soleil puisqu’elle sombre dans les ténèbres de l’abandon de l’oubli et de la folie.

Claudel 2Dans une reconstitution historique (costumes et coiffures d’époque) et biographique fidèle et épurée, Wendy Beckett n’a pas voulu se lancer dans un spectacle hagiographique mais a réussi à donner une profondeur humaine à une femme tout en lui conférant une aura tragique universelle. La taille de la scène est propice à la reconstitution d’un huis-clos amical (les trois jeunes filles émancipées et complices venues prendre des cours), familial (les dialogues entre le fils et la mère, entre le frère et la sœur) et sentimental, entre la maison (grâce aux projections vidéos sur le rideau) et l’atelier. L’atmosphère changeante nous fait passer de la comédie – avec au début, les rires des jeunes filles et le maître taquiné et tourné en dérision par une disciple peu farouche – à la violence tragique. La mère impeccablement coiffée et sombre, implacable figure haineuse et destructrice représente la société bien-pensante. Les tergiversations de Rodin, la lâcheté du petit frère bien-aimé, tiraillé entre son affection pour sa tapageuse sœur, son ambition et l’influence de sa mère, l’absence du père sur scène mais présent dans les conversations jusqu’à l’annonce de sa disparition, accélèrent la chute de l’artiste.

hhhhLes jeux d’ombres et de lumières, la musique, la sobriété du décor mettent en valeur les corps dans un subtil dédoublement, notamment celui du couple Claudel-Rodin grâce aux danseurs qui miment leur rencontre amoureuse dans un mélange de sensualité et de pudeur. Dans un vertigineux jeu de miroir la chorégraphie permet d’animer les sculptures célèbres en écho avec la vie et les passions de Camille Claudel. Les trois danseurs donnent vie et sens à la sculpture en jouant sur la confusion des matières entre la chair et le marbre en mouvement. Ce lent ballet parvient à sublimer l’humain en donnant tout son sens à l’œuvre d’art qui naît et se métamorphose sous nos yeux, par-delà la dimension anecdotique, notamment celle du trio amoureux. Variations et répétitions font surgir l’émotion et éclater la sensibilité à vif de celle qui écrit : « Il y a toujours quelque chose d’absent qui me tourmente. »

Écrit et mis en scène par Wendy Beckett

Chorégraphies de Meryl Tankard.

Avec Célia Catalifo, Marie Bruguière, Swan Demarsan, Sébastien Dumont, Audrey Evalaum, Clovis Fouin, Christine Gagnepain et Mathilde Rance

Du 7 au 24 mars 2018, ( à 20h. durée : 1h50).

A l’Athénée, théâtre Louis-Jouvet.

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