De l’absurde pour donner du sens

 

Stéphanie Tesson signe ici un vibrant hommage à Eugène Ionesco, avec la mise en scène d’une pièce moins connue et pourtant essentielle du répertoire du dramaturge franco-roumain, Les Chaises. Et ce n’est pas par hasard : c’est au Théâtre de Poche que Ionesco crée La Leçon, une pièce majeure, qui est l’un de ses très grands succès.

Quelque part au milieu de nulle part, sur un bout de terre entouré d’eau, un couple âgé s’est mis en tête de recevoir des invités. Une dame élégante fait son entrée, puis c’est au tour d’un colonel, un couple, un autre couple avec un enfant et s’ensuit un cortège infernal. La Vieille distribue des chaises à qui mieux mieux, le Vieux accueille la foule, les coups de sonnette fusent, c’est presque le chaos… Tous ces visiteurs sont irréels, et le couple s’amuse à faire des mondanités comme des enfants jouant avec des amis imaginaires. D’ailleurs, le retour à l’enfance est annoncé dès le début de la pièce où le Vieux fond en larmes et se plaint d’être orphelin, sa femme le consolant comme elle peut en disant qu’elle lui tiendra lieu de mère.

Le couple veut singer les manières de la haute société, cependant, leur accueil qui se prétend urbain et chaleureux est parsemé de piques moqueuses. Ainsi, la première visiteuse « n’est pas grosse, mais juste potelée », l’autre femme est accueillie par un « comment votre nez est-il devenu aussi gros ? » Le couple se moque de ses visiteurs, pourtant le moment est censé être historique, solennel, voire métaphysique.

Un Orateur doit venir afin de délivrer un message de la plus haute importance. Encore une fois, Ionesco brouille les pistes. Il joue avec les genres, mêle le sublime et le grotesque. Le duo formé par Catherine Salvat et Jean-Paul Farré sert à merveille cette interprétation de Stéphanie Tesson, tout en légèreté et en (ré)créativité. L’allégresse est donc le parti pris par la metteur en scène. En effet, le couple est censé être très âgé, pourtant une formidable pulsion de vie les anime. Encore un paradoxe !

Les Chaises, une fable ontologique, qui soulève plus de questions que de réponses. Une pièce mystérieuse où l’absurde est au service du sens de notre existence. « Sommes-nous tous, quelque part, le Vieux et la Vieille ? » C’est la question que pose la fille de Ionesco. Que répondre à cela ? « La vérité est dans l’imaginaire » dit Eugène Ionesco.

Du 10 février au 08 mai 2022

Au Théâtre de Poche

« Les Chaises » d’Eugène Ionesco, au Théâtre de Poche

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