Né à Berlin en 1907, Sébastien Haffner quitte l’Allemagne en 1938 pour Londres, jugeant le régime nazi invivable. Avant le déclenchement de la seconde guerre mondiale, un éditeur lui commande un livre pour témoigner de son expérience d’Allemand anti-nazi. Mais la guerre éclate et le manuscrit ne sera, finalement, publié qu’en 2000. Sébastien Haffner, pour mieux nous faire comprendre l’ascension d’Adolf Hitler, nous la décrit à travers le regard d’un seul homme, le sien. Sa vie, ses expériences, les changements successifs qui s’opèrent dans le quotidien des Allemands et les lignes de pensée véhiculées par le régime :le rejet puis la haine des Juifs, l’incendie du Reichstag, l’arrestation quotidienne des opposants politiques…

La force du texte de Sébastien Haffner réside dans la description de la montée du nazisme et particulièrement du changement des mentalités et des comportements subrepticement, au fil d’étapes et d’évènements clés et marquants. L’indignation et l’effroi des débuts ou de certaines situations faisant place à l’acceptation puis à la collaboration de la part du peuple Allemand. Comment l’esprit humain se rallie aux lois imposées par ceux qui les dictent, abandonnant toute humanité ou discernement. C’est ce basculement que décrit fort bien Haffner et qui est tout à fait captivant, dans le contexte actuel d’autant plus. Car malgré la connaissance de l’histoire, il semble que ce phénomène de soumission du plus grand nombre à l’autorité établie se perpétue. On peut se référer à l’expérience de Milgram dans les années 60 qui a cherché à mesurer le degré d’obéissance d’un individu devant une autorité qu’il juge légitime face à une situation posant des problèmes de conscience au sujet (déclenchement de décharges électriques sur d’autres personnes liées à des exercices de bonnes ou mauvaises réponses).
La force de la légitimité sur la raison, sur le sensible peut faire perdre à un être raisonnable tout entendement quant à la moralité ou à ce qui est juste. Bien sûr et c’est heureux, l’exemple même de l’auteur qui observe tout cela à froid et avec de la hauteur montre que le libre arbitre peut être actif même dans des situations de manipulation extrême.

Ce témoignage sagace et sensible, réussissant à nous porter dans un contexte où l’on n’a aucun mal à se projeter, teinté d’images et de situations fortes, recèle une dimension théâtrale qui nous emporte complètement.

Vu à la Maison des Métallos.

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