Une pièce mythique, trente-quatre ans d’existence et zéro ride

Ecrite et mise en scène par Slimane Benaïssa, Babor Eghraq ou « Le bateau a coulé », revient pour vingt-et-un jours de représentations au Théâtre National Algérien (TNA). Cette œuvre, jouée déjà en juin dernier et qui date de 1983, sera reprise sans ajustement. L’aspect intemporel reste un atout captivant qui témoigne de la dextérité du texte. Une allusion masquée à travers une tragédie en haute mer.

Babor Eghraq revient sur le délire de trois survivants après un naufrage. Chacun essaye de proposer moult solutions pour ne pas périr. Ici, on trouve l’intellectuel, l’affairiste et l’ouvrier, incarnés respectivement par Mustapha Ayad, Omar Guendouz et Slimane Benaïssa. Ce trio se lance alors dans des échanges où il est question d’aborder l’avenir mais également un présent morne et morose. Il s’agit d’un contenu à la fois amusant et grave, suscitant parfois un sentiment d’inquiétude.

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Les protagonistes commencent par rédiger une lettre qu’ils vont mettre dans une bouteille. Le trio espère qu’elle va arriver à bon port (L’ONU).  Beaucoup de questionnements sont soulevés. Pourquoi le bateau a échoué ? En réalité, les personnages sont déboussolés : tantôt ils pointent du doigt le climat de duperie dans leur pays, tantôt  les 132 ans de colonialisme. Chacun se met à divaguer, à voyager dans son délire faisant le vœu d’échouer en Italie et même aux Etats Unis.

Le texte est caractérisé par l’utilisation de la métaphore et des sous entendus. Ce qui donne une certaine suggestivité au langage. Un style fin, précis et élégant pour amorcer les dialogues. Le spectateur n’a qu’à déchiffrer cette pièce qualifiée par le metteur en scène de « Visite muséale’ ».  Une chose est sûre, l’une des langues algériennes à savoir la dardja est célébrée dans sa beauté et sa fraicheur pour évoquer un autre constituant de l’identité nationale.

À la fin du spectacle, la parole est cédée à l’ouvrier, à savoir, Slimane Benaïssa, et ce pour déclamer l’immortelle tirade connue sous le titre « Mon grand-père est Amazigh».  Une fin en apothéose pour conclure cette œuvre, qui rappelons le, a toujours été passionnément saluée.

Babor Eghraq doit sa quintessence à la puissance du verbe, ce qui lui confère le pouvoir d’un aimant. Malgré 34 ans d’existence, les comédiens n’ont pas perdu de leur aura, ni de leur vigueur. Un incontournable du Sixième Art en Algérie qui suscite la réflexion et incite au débat. Tout compte fait, cette pièce a été jouée plus de 600 fois !

 

Du 27 novembre au 17 décembre.

 Au TNA. 

 

A propos de l'auteur

Fadhel Zakour

Diplômé en presse écrite, il travaille dans le domaine du livre. Amoureux des beaux arts et des belles lettres, il collabore avec le premier magazine littéraire en Algérie (L'ivrEscQ). En 2016, il a publié son premier recueil de poèmes "L'Empire des mots", chez Edilivre.

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