Le Titre est dans le Coffre est un spectacle de clown au parti pris plutôt original, puisqu’il s’agit d’un vaudeville.

Quatre clowns se confrontent sur scène :
Le premier présenté est Monsieur Bertrand, un vieux garçon maniaque aux gestes si tatillons qu’ils en deviennent saccadés, à la voix aussi fluette que son peu de caractère. Monsieur Bertrand est un clown empreint de calme et de gentillesse : une figure de victime toute désignée.
Ensuite vient Manivel. Manivel est clochard, cleptomane et entourloupeur. C’est également le meilleur ami de Monsieur Bertrand. Des quatre il est le plus volubile, son corps très mobile lui permet de nombreux tours de passe-passe.
Manivel est activement recherché par l’inspecteur Target. Ventre bedonnant ressortant de sous son pardessus, il s’exprime dans un fort accent anglais. Courant vainement après Manivel durant toute la pièce, l’inspecteur est lent car empêtré dans ses actions et son manque de réactivité, mais son corps monté sur roulettes lui permet une vélocité inattendue.
Et enfin, le cousin Creum. Très animal dans ses postures comme dans ses moyens d’expression, il ne communique que par onomatopées (weuh ? Hé oh!) et dans un vocabulaire très restreint. C’est le corps le plus bondissant des quatre, il se propulse, retombe dans des mouvements circassiens.
Le quatuor est hétérogène, tous dégagent des énergies profondément différentes mais qui se complètent et s’équilibrent.

L’histoire est simple. Monsieur Bertrand vient de recevoir un coffre légué par son défunt père, mais il ne peut pas encore l’ouvrir : c’est son cousin Creum du Limousin qui lui en apportera la clé. Malheureusement, les deux ne se sont pas revus depuis l’enfance et Creum confie par erreur la clé à Manivel, trop heureux du quiproquo qui lui permettra de s’approprier le contenu du coffre. La pièce ne sera que course-poursuites et rebondissements entre les vols du coffre, de la clé, les tentatives d’arrestation de Manivel que Monsieur Bertrand croit être son ami…

Tous les éléments du vaudeville sont rassemblés ici : l’intérieur bourgeois avec son canapé au centre du plateau, le guéridon et la fameuse porte qui claque, par laquelle on s’engouffre, on s’enfuit. La confrontation des classes sociales également, entre un Monsieur Bertrand au niveau de vie aisé et Manivel son ami SDF.
Mais un vaudeville clown, qu’est-ce c’est ? C’est la mise à mal de chacun de ces éléments. Le clown n’est pas un être illogique mais agissant sur une logique décalée. Ainsi du sofa renversé qui amène le basculement de la totalité du décor pour remettre le monde à l’endroit. On ne peut rentrer que par la porte, c’est entendu, mais la porte peut être déplacée n’importe où. Ou ce sofa encore, un incontournable du vaudeville, devenant par la maladresse clownesque mangeur d’homme, ou mobilier parlant.
Le clown dynamite le vaudeville. Ce dernier est déjà un répertoire comique en soi. Le doubler de clownesque crée un rire sur le rire, un télescopage des genres et une déconstruction des codes.

Le spectacle est parfaitement ficelé. Le scénario pensé dans ses moindres détails propose une mise en scène inventive, des gags et rebondissements non seulement à répétition, mais qui ne s’essoufflent pas et surprennent toujours. Bien au contraire, le spectacle se renouvelle sans cesse dans une richesse qui émerveille. Certains « trucs » déconcertent, que même un spectateur attentif ne saurait saisir : l’irruption impromptue d’un personnage derrière du mobilier, l’apparition soudaine de fleurs ondoyantes aux quatre coins de la scène… Expression de la dextérité des comédiens.
Car il est agréable de sentir combien ils sont à l’aise avec leurs clowns, combien ils en maîtrisent le personnage et à partir de là seraient capables de rebondir face à n’importe quel imprévu. Ils ne se contente pas d’interpréter les scènes, mais ouvrent leur jeu au hasard et à l’improvisation. Sortent parfois du « contrat » des caractéristiques de leur clown pour nous étonner encore. La proximité avec le spectateur est très régulièrement entretenue, qu’il s’agisse de regards public et autres apartés, d’adresses à un spectateur en particulier, voire de véritables immersions dans les gradins du théâtre.

En clair, un excellent spectacle à voir en famille ou tout seul, car ce n’est pas parce que le clown fait rire qu’il devrait être strictement réservé aux enfants.

© Stéphane COLLIN

© Stéphane COLLIN


Présenté à l’Espace Alya
Dans le cadre du Festival Off d’Avignon

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