Pour Avignon 2015, La Chapelle du Verbe Incarné propose une programmation thématique placée sous le signe des cultures d’Outre-Mer. Caraïbes, Antilles, Afrique présentent un pan de la création francophone mêlant danse, lectures, théâtre ou encore opéra.
Avec La Diva du Pavé, c’est une chanteuse lyrique plutôt inhabituelle, voire anti-conventionnelle ou rebelle, qui nous est donnée à voir.

Côté Cour, un maestro nonchalant examine ses partitions. Au centre une imposante structure se dresse, figurant la robe de la Diva, pauvre et grandiose à la fois : cousue de bâches de plastique bleu, la forme en est princière mais rigide comme du toc. La traine immense se répand tout autour du buste, recouvrant le plateau de vagues plastifiées.
La chanteuse, insérée dans le carcan de sa robe de gala au moins deux fois plus large qu’elle, acquiert une stature des plus imposantes. Une coiffe comme égyptienne, pharaonique, du même plastique bleuté, s’érige sur son crâne en attribut royal.

La chanteuse est créole. Interprète les classiques du monde de l’opéra mais entre deux grands airs conserve son franc-parler, son accent, ses expressions. Elle s’adresse au public. On sent l’envie de spontanéité, retenue par la bienséance, retenue par l’image idéale de la Diva que la robe impose.
Elle joue avec, cette robe, lui trouve des ouvertures et la traine devient fenêtre, plonge dans son intérieur, ou les mains dans les poches en sort des partitions qu’elle projettera en l’air, par poignées. La robe est un tiroir, elle semble contenir mille possibles qui dépassent son occupante même.

Mais petit à petit, quelques couacs surviennent. Un morceau en play-back et la musique saute, le maestro incapable d’endiguer le problème laissant la piste folle continuer son travail. La chanteuse tente de suivre, déraille un peu elle aussi et comme une mécanique déréglée passe du créole au chant lyrique sans plus de transition, hache des gestes de pantin.
Jusqu’à un air parfaitement réussi quand, sous un tonnerre d’applaudissements déchainés, la robe prise d’une vie propre l’engloutit totalement, se dressant en totem de plusieurs de plusieurs mètres de haut. La scène est cauchemardesque, la cantatrice quittera son habit de malheur et retrouvera la scène à même le plateau.

Plus proche des spectateurs, en simple sweat à capuche et baskets, elle continuera le récital à sa manière à elle. La coiffe égyptienne est tombée, dévoilant une coupe afro des plus volumineuses. Elle chante encore mais libérée, et termine le récital sur un Carmen revisité, plus calfeutré, un peu jazzy.
Regrimpant dans la robe pour en montrer l’envers et sa carcasse de métal, tournant le dos à la rigueur et aux bienséances premières, elle peut à présent rayonner pleinement, ne niant ni sa culture ni son amour pour l’art.

Suivant les nécessités d’Avignon la pièce a bien sûr été jouée en intérieur. Mais La Diva du Pavé a été créé avant tout en tant que spectacle de rue, décloisonnant les genres et cherchant à toucher un public bien plus large, bien plus populaire que les seuls habitués de l’opéra ou même du théâtre. Cette culture parfois considérée comme élitiste devient alors accessible et l’universalité de ses mythes se dévoile. Un spectacle à voir en famille.

© Cyril PLOMTEUX

© Cyril PLOMTEUX


Présenté à La Chapelle du Verbe Incarné
Dans le cadre du Festival Off d’Avignon

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