Pas de surprises, on nous fait savoir dès le début que le 7 octobre 2016, jour d’anniversaire d’un certain Vladimir Poutine, un tueur à gages a tiré quatre balles sur le dos d’ Anna Stepanovna Politkovskaïa, la journaliste, qui s’est effondrée face à la porte de l’ascenseur de l’immeuble où elle habitait à Moscou. 
Corine Thézier incarne une Politkovskaïa désincarnée. Fantomatique. Elle est sur scène et n’y est en même temps pas. Elle est une revenante qui veut croire que son œuvre va le survivre.

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Plutôt qu’une histoire de la vie d’Anna Politkovskaïa , façon biopic, ou une lecture transversale de cette putain de « Douloureuse Russie » qui est la Russie de Poutine, Robert Bensimon nous invite à un puzzle proustien dans lequel Politkovskaïa, un lecteur-admirateur et Bensimon lui-même ce livrent à une reconstruction impressionniste, forcement fragmentaire et aussi touchante que coriace d’une figure majeure des lettres, du journalisme et de la résistance.

Celles et ceux qui sont familiers au travail de Politkovskaïa (il y a tellement de beauté dans la façon dont les comédiens prononcent ce nom) ne manqueront pas de trouver des repérés : à partir d’extraits de textes, de commentaires à la marge et des souvenirs, on voit défiler les assassinats et intimidations des journalistes de Novaïa Gazeta, les soldats torturés sous les ordres de leur gradés, les enlèvements par des commandos d’hommes cagoulés dans les banlieues de Grozny et les campagnes de la République d’Ingouchie, les magouilles des oligarques et des politiciens autour du Kremlin, la prise d’otages du Théâtre Doubrovka , et la prise d’otages de l’école de Beslan, où Poliakokvaia aurait pu servir de négociatrice si elle n’avait pas été empoisonnée et laissée inconsciente dans l’avion qui l’y emmenait.

eCelles et ceux qui connaissaient moins bien l’oeuvre de la journaliste martyre, devront se confier aux personnages de l’auteur et « le lecteur français » que malgré une grille de lecture un peu trop personnelle, (ou peut être juste un peu justement ‘française’ ) qui des fois nous éloigne du sujet, leur serviront de guides à travers non seulement le combat de Politkovskaïa mais également le tragique et sanglant ébranlement du bref rêve démocratique de la Russie post-soviétique.

Toujours tenant tête face au nouveau tsar, courageuse au moment de dénoncer autant les violences que la Russie faisait subir aux populations de Tchechénie qu’à ses propres fils pendant les guerres lancées par Poutine pour consolider ses hommes de main dans les pouvoirs locaux ; pointue et précise , Anna Politkovskaïa mérite tous les hommages, y compris ce tableau intime, entre amis (entre ce type particulier des amis qui sont les lecteurs et spectateurs).

Jusqu’au 8 décembre 2018.

Au Théâtre Déjazet.

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