Anna Karénine, un chef d’œuvre de la littérature russe de Léon Tolstoi (1877). C’est au Théâtre de la Contrescarpe que nous assistons à sa mise en scène conduite par Laetitia Gonzalbes avec Maroussia Henrich, Lise Laffont, David Olivier Fischer et Samuel Debure.

C’est l’histoire d’une femme aux traits bovariens, mariée à un homme dont elle n’est pas amoureuse, Alexis Karénine. Une liaison monotone les berce jusqu’à ce qu’elle fasse la rencontre du Comte Vronsky dont elle tombe instantanément et intensément amoureuse et dont elle portera l’enfant.

llllDe prime abord, nous sommes tentés de nous attendre à une représentation fidèle au roman et de retrouver tous les personnages de Tolstoi ainsi que la même évolution du récit dans la représentation. Surprise ! La metteure en scène s’est bien prêtée à nous surprendre. En effet, une démarche atypique qui s’aligne intelligemment et avec subtilité avec la contemporanéité des thème abordés. En gardant le fond et les lignes de force du texte original, elle décline d’une manière nouvelle ce croisement classique de la morale et des normes sociales, de la passion destructrice et de la religion. Un magnifique tableau psychologique des quatre personnages présents qui représentent un microcosme de la société.

aaaaEn libre adaptation du roman, Laetitia Gonzalbes transgresse toutes les formes antérieures de représentations théâtrales et cinématographiques car fait coïncider l’histoire d’Anna Karénine avec l’actualité du débat autour de l’homosexualité et de l’homophobie et des violences que subissent plusieurs personnes.

C’est ainsi que la Anna imaginée par la metteure en scène n’a pas un amant (le Comte Wronsky) mais une amante (Varinka), pour qui elle éprouve un amour fougueux et ravageur. Choix franchement inattendu mais qui répond au final au même message : l’interdit, l’inconvenable, l’adultère, etc.

rrrLe personnage d’Anna a grandement été interprété par la belle Lisa Laffont. Tout en finesse et en sensibilité, la comédienne a su rendre compte du mysticisme et la soif de liberté qui anime le personnage. Face à elle et dans le rôle de Varinka, Maroussia Henrich en artiste et femme fatale avec un charisme et une présence remarquable. Alexis Karénine est interprété par David Olivier Fischer qui a bien su souligner le côté froid et détaché du personnage, quoiqu’un peu plus de nonchalance aurait été peut-être plus adapté au caractère sage et religieux du personnage. Enfin, la présence de l’homme masqué, ténébreux et mystérieux a fait son effet. La réalité de la mort et de la fatalité, qui entourent le récit est justement représentée sur scène et prend forme humaine à travers Samuel Debure qui a excellemment transmis par la qualité de son jeu et de ses interventions la peur, l’angoisse, l’étrangeté mais surtout le mauvais présage.

La mise en scène est une réussite assurée qui passe par le caractère moderne-traditionnel du décor, des magnifiques costumes qui nous renvoient tantôt à la société russe de ces temps-là, tantôt aux belles robes des temps présents, mais aussi par le choix de la musique et des pas de danses qui rapprochent et éloignent les comédiens. Un travail remarquable et atypique qui a conquis le public et qui aura assurément des échos positifs et encourageants.

Photographies : Fabienne Rappeneau

Jusqu’au 31 décembre 2018 ( Prolongé jusqu’en mars 2019).

Au Théâtre de la Contrescarpe.

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Lynda MEGHARA

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