Anna Karénina de Léon Tolstoï est parue en France pour la première fois en 1885 et met en scène la noblesse russe du XIXème siècle, sur laquelle l’auteur porte un regard critique.

La mise en scène du grand roman par Cerise Guyau au Théâtre 14 était fort attendue ces derniers mois. Il s’agit de la traduction de l’adaptation anglaise d’Helen Edmunson qui a reçu bien des éloges quant à sa fidélité à l’esprit de l’œuvre et de l’auteur.  C’est donc avec curiosité que nous y assistons. Après la lecture du roman et la très réussie adaptation cinématographique de Joe Wright en 2012, les exigences se corsent quant à cette nouvelle réalisation.

 

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Les familles heureuses se ressemblent toutes, les familles malheureuses sont malheureuses chacune à leur façon …

Anna est mariée mais cela ne l’empêchera pas de succomber à une liaison charnelle mais dangereuse qu’elle entretiendra avec Le comte Vronsky (interprété par le très charmant François Pouron). Elle, femme vertueuse qui s’est forcée pendant de longues années à jouer le rôle de l’épouse irréprochable et dévouée, se trouve aujourd’hui confrontée à un adversaire de taille : ses émotions. De l’autre côté, il y a Lévine, l’autre moteur du roman ; un fervent d’absolu qui associe l’idéal d’une vie et la fin de ses émois au mariage. Deux personnages différents mais analogues. L’un comme l’autre apprendront à leurs dépens que leurs idéaux ne sont que chimères. Deux personnages tourmentés et souffrants de ne point trouver l’objet de leur apaisement.

La beauté de cette mise en scène est qu’elle n’étouffe pas le personnage de Lévine mais le met en valeur et le propulse au-devant de la scène au même pied qu’Anna. C’est un Lévine majestueux que nous avons là, grâce à Antoine Cholet qui était suprême et mérite louanges et compliments pour la magnificence de son jeu.

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Entre Tolstoï et Flaubert, il y a le Bovarysme …

Le texte de Tolstoï est marquant et universel, bouleversant et intemporel. Le personnage d’Anna Karénine est le double de madame Bovary.  Comme Emma, Anna est une femme qui rêve d’un idéal de vie et d’un amour inconditionnel mais qui se trouve très vite menée à sa perte. La mélancolie est ce qui rythme la vie des deux personnages et la mort sera ce qui couronnera leurs malheurs. Le bovarysme n’est pas ici que féminin car Lévine est également atteint de cet état d’insatisfaction continu, qu’il tente de fuir dans un imaginaire romanesque.

 

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Des avertis de la scène …

Sur scène, nous retrouvons des acteurs remarquables qui ont fait preuve d’une présence majestueuse et d’une maîtrise exaltante des rôles qui leurs sont affectés. La douce Mathilde Hennekinne à qui l’on a confié le rôle d’Anna ne saurait être mieux choisi ; Au-delà de son talent, elle a su transmettre de par sa sensibilité et son élégance tout l’aspect intrinsèque du personnage d’Anna qui nous fait penser à la superbe Keira Knightley. Le travail estimé des acteurs se complète par la remarquable collection de costumes faite par Dominique Borg et Evelyne Trompier qui se sont réellement imprégner de la société russe du XIXème siècle.

 

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De train en train …

L’amour et la mort sont indissociables dans le roman. L’amour d’Anna pour Vronsky naîtra dans cette même gare de St Pétersbourg où sera présente la mort tragique de cette inconnue qui se jette sous un train. Un mauvais présage dit-elle car c’est dans les mêmes conditions que la vie d’Anna prendra fin ; Elle se jettera sous un train pour échapper aux maux qui l’accablent… Des détails également mis en valeur dans cette mise en scène.

De l’amour effréné, des afflictions, des souffrances, des indifférences, une comédie dramatique où on est proches des personnages et leurs tourmentes mais surtout, où il nous est possible d’y voir la nature humaine dans toute sa complexité. Bien que 2h de représentation ne puissent égaler l’ardeur du roman, cette mise en scène reste fidèle à l’esprit de ce génie de la littérature que demeure Tolstoï.

 

Du 8 mars au 23 avril 2016.

Au Théâtre 14

A propos de l'auteur

Lynda MEGHARA

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