Ayant recueilli les propos d’une prostituée de 70 ans, rencontrée par le biais d’une connaissance, Jean-Michel Rabeux, faisant porter les traits de son personnage (nommée Aglae pour respecter son besoin d’anonymat) à Claude Degliame, nous embarque dans un récit authentique et fleuri.

Au travers d’un espace constellé de tabourets et chaises éparpillés dans la salle, Aglae déambule et nous raconte son histoire.
Elle nous fait part de ses soixante années de prostitution, activité qu’elle a commencé à l’âge de douze ans dans son HLM à Sarcelles, avec les copains de son frère. Très vite, elle trouve cette activité agréable dans la mesure où elle en tire un bénéfice financier. Cependant, elle présente sa profession avec entrain, affirmant la faire avec plaisir et passion. Elle détaille certains moments passés avec les clients, des moments tendres, d’autres brutaux mais sans rancœur ou amertume. C’est ça qui est étonnant : c’est qu’elle présente sa vie comme un choix, qu’elle ne subit pas et auquel elle s’applique de son mieux. Preuve en est, alors que sa fortune est faite, du haut de ses 70 ans, elle ne raccroche pas.
On apprend aussi qu’elle a posé pour Braque, qu’elle lit beaucoup en attendant ses clients, qu’elle s’est également intéressée à la psychologie de l’enfant et qu’elle suit, elle-même, une thérapie.

On a affaire à une femme drôle et intelligente, un peu crue et rebelle qui s’offusque contre les flics qui veulent l’empêcher de faire son travail. Mais aussi contre ceux qui obligent celles qui ne l’ont pas choisi à faire ce métier. Si on ne le fait pas avec plaisir, c’est une torture, et ceux qui imposent ça aux autres sont vraiment des sous-hommes. Aglae a une vision réfléchie et assez inhabituelle de ce qu’elle fait. Bien sûr elle a une vie peu commune et évolue dans un univers marginal mais dans sa sensibilité et sa force apparaît l’humanité de ce qui peut, de prime abord, nous paraître un rapport marchand cruel.

Claude Degliame porte en elle cette sensibilité à la fois fine et brute que l’on retrouve dans son corps souple et rude. Ce côté doux dingue, son excentricité et sa voix rauque nous entraîne avec grâce dans le récit d’une vie peu banale. Un regret toutefois : on aimerait que la carapace se fissure parfois et accéder aux fragilités d’Aglae ce qui contribuerait à dépasser la drôlerie d’apparat pour percer le réel mystère du personnage, qui pour l’heure s’active surtout à « faire le show ».


Jusqu’au 29 janvier,
Au Théâtre du Rond point.

A propos de l'auteur

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publié.