Huis-clos infernal pour quatuor diabolique.

C’est une adaptation flamboyante que nous livre ici Panchika Velez de la pièce écrite par Edward Albee en 1962.

Si on dit que le sens de la nuance est l’apanage des gens de lettres, ce n’est pas le cas pour le texte de cette pièce superlative, les excès en tout genre sont légion, et les personnages ont le verbe haut et fort. Texte impudique, excessif, rien n’est épargné au spectateur qui sort presque éprouvé par deux heures quinze de tension psychologique.

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Martha et George rentrent chez eux d’une soirée passablement arrosée. Martha, provocante, annonce à son mari qu’ils vont avoir “des invités”. S’ensuit alors un combat sans merci entre les deux époux, où les coups portés, d’une violence inouïe, se succèdent à un rythme effréné.

Une guerre psychologique, qui va irrésistiblement mener à la mort. Une mort symbolique seulement, mais qui fait son oeuvre rédemptrice et cathartique. C’est d’ailleurs le titre que voulait donner Albee à cette pièce : “l’Exorcisme”. Une pièce paradoxale, très moderne de par les thèmes abordés (l’adultère, la bravade sexuelle, la femme d’âge mûre sensuelle et provocante, la critique du milieu universitaire); mais d’un autre côté la religion judéo-chrétienne très présente (les incantations de George à la fin de la pièce, salvatrices pour ramener Martha à la raison).

La mise en scène de Panchika Velez est une figure de style à elle seule : la disposition des personnages est presque un chiasme, une sorte de miroir inversé. Ainsi, Martha, la femme d’âge mûre, est aussi querelleuse et racoleuse que Honey est naïve et chaste. Quant au duo George-Nick, George est aussi calculateur et machiavélique que Nick est dupe, passif et conformiste.

eeeeUne pièce sulfureuse et subversive, un coup de hache dans le milieu gelé universitaire. Féroce critique de la vie moderne, Edward Albee fait exploser le carcan des conventions et de la bien-pensance. Une mise en scène volontairement outrancière, excessive, on salue la performance des comédiens pour le tour de force que représente un tel jeu. Tous les personnages sont justes dans leur rôle, Nick le jeune professeur de biologie plutôt lisse et bien pensant, sa femme Honey, d’une douceur presque excessive et qui vomit pour un rien, Martha au charisme débridé (son personnage est presque un stéréotype en somme, mais admirablement bien interprété).

Léger bémol pour George, le professeur d’histoire, on aimerait voir une évolution du personnage, une sorte de métamorphose (étant donné que Martha le présente comme un “nul”, un “raté”, “embourbé dans le département d’histoire”); or, dès le début de la pièce George est plutôt charismatique et on ne pressent pas de fragilité en lui. De ce fait, on n’est pas surpris lorsque dans la deuxième partie de la pièce il met en oeuvre son plan retors pour mettre à terre Martha.

Une pièce ambitieuse, qui explore les tréfonds du couple, de la société et de la bienséance.

Qui a peur d’aller voir l’oeuvre d’Edward Albee ?

de Edward Albee

Mise en scène Panchika Velez

Du 10 septembre au 27 octobre 2018

Lundi à 19h, mardi, mercredi,  jeudi et vendredi à  20h45,

matinée samedi à 16h

Au Théâtre 14.

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