John est un travail qui prend à l’estomac. La mise en en scène est signée par une compagnie de « théâtre physique » renommée sur la scène anglaise, DV8, dirigée depuis 1986 par Lloyd Newson.

Un prologue sur une scène qui tourne sur elle-même introduit une oeuvre de docu-fiction habité par une scène de violence domestique et une mort par overdose.

Le narrateur est John, joué par Hannes Langolf qui, pendant tout le spectacle, incarne les histoires de 50 hommes interviewés sur des questions très directes en matière d’amour et de sexe. C’est dans un sauna que sont collectées les paroles témoignant d’une brutalité et de la dégradation des relations.
C’est l’occasion pour les artistes d’aborder par de longs entretiens des sujets liés au rapport sexuels non protégé, mais aussi la question de l’intimité confondue avec la pénétration. Ensuite c’est au public de se confronter au résultat d’un processus, du réel à sa poétisation. Quel est le rôle du témoignage dans le travail de DV8 ? Il interroge la représentabilité de la brutalité humaine, la question éthique autour de l’élaboration poétique (ou son avortement), mais surtout les effets d’un tel dispositif dans une société où l’horreur est spectacularisé, déformé par les médias.

Conte le chorégraphe Lloyd Newson : « Le travail de recherche a pris environ neuf mois. Nous avons envoyé trois chercheurs dans un sauna gay, et ils ont tout simplement abordé les hommes présent pour discuter avec eux. Beaucoup n’ont pas voulu être interviewés, d’autres on répondu mais ne sont finalement pas venus à l’entretien. Le travail d’édition des interviews est ensuite très long : on élimine progressivement celles qui sont moins intéressantes, moins complexes…Au final nous avons gardé six personnages, dont John (…) je l’ai vu huit fois au total, pour des entretiens qui duraient entre deux et quatre heures. Il a eu une enfance extrêmement difficile, il vient du milieu populaire, et il est rapidement pris dans un cycle de délinquance. Il a soixante-cinq délits à son actif, vingt-huit condamnations, il commence à se droguer, dort dans un parc, pendant des années, va en prison pour un crime, essaie de reformer sa vie et alors… » *

Aucune doute que John est une écriture scénique rigoureuse et honnête, comment affirmer le contraire ? Et qui se fonde sur un travail physique et esthétique remarquable pour la ponctualité du geste. Cependant on devrait s’interroger sur l’ impact de ce témoignage sur son public. Qui se précipite d’applaudir une vision qui est tellement difficile à saisir et à accepter. Cela demande du temps, de la réflexion, de l’attention, un parcours.
Si l’Art ne devrait jamais incarner une attitude moralisatrice (A quoi l’art sert-il ? Sur cette question Pierre-Joseph Proudhon et Emile Zola se sont affrontés au milieu des années 1860), les artistes ne devrait jamais arrêter de s’indigner face au vide culturel et humain dans lesquels ils se mettent en scène. Un vide encore plus difficile à combler dans un espace inadapté (architecturalement) à accueillir un projet ainsi profond et confidentiel.

*Propos de Lloyd Newson recueillis par Laura Cappelle.

A La Villette.

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