À 50 ans, ses enfants élevés, son métier de comédienne en pause, Françoise décide de partir à pied, sac au dos, de chez elle en Ardèche, vers l’est, l’idée étant de marcher le plus longtemps possible sans avoir d’océan à traverser ou d’avion à prendre. C’est ce périple qu’elle nous raconte pendant presque deux heures, du premier moment de doute à quelques kilomètres du point de départ, jusqu’à l’incroyable accomplissement au Japon, ce dernier pèlerinage où les policiers lui demandent… quelles dispositions prendre pour le rapatriement de son corps. Entre les deux, vingt mois, douze pays, et de multiples anecdotes. Vingt mois d’un road movie pédestre, vingt mois de rencontres, de galères, de moments de grâce, de montage de tente, de marche sous la pluie, de toilettes de chats dans une rivière glacée, de soirées au coin du feu, de chants, de fêtes, de tours et détours, d’émotions diverses. Françoise nous fait traverser ces pays, évoquant ses aventures avec humour et vivacité. Elle incarne tour à tour les hommes et femmes qu’elle a croisés, ici un couple de Turcs, là un montagnard géorgien, ici encore une femme iranienne. Elle les fait vivre avec une telle énergie et une telle justesse qu’on a l’impression de se trouver à côté d’elle en Chine, en Inde ou en Thaïlande. Elle tisse ainsi une galerie de personnages bien réels, mais qu’on pourrait croire sortis d’un roman. Elle nous embarque à sa suite avec pour seuls accessoires son sac à dos et ses chaussures de marche. Nous mettons nos pas dans les siens, riant de ses rencontres ubuesques, admirant son sang-froid quand elle doit faire face à une agression ou qu’elle se lance dans une randonnée dangereuse en pleine autonomie.

Ce qui ressort le plus de son récit est la générosité et l’hospitalité dont elle a bénéficié partout, ou presque, où elle est passée. Ces hommes et ces femmes qui lui ont offert gîte et couvert, donnant le meilleur de ce qu’ils possédaient, se privant du peu qu’ils avaient. Elle a partagé avec eux, au-delà même de la barrière de la langue, une intimité et une profondeur, des instants de vérité. Ainsi cette discussion avec des femmes en Iran à l’abri des regards, derrière les tentures, pour évoquer leur condition. Ainsi cet homme dans la voiture duquel elle monte, décidant de lui faire confiance, et qui lui offre un toit protecteur contre la tempête qui fait rage. Que se serait-il passé si elle avait choisi la méfiance plutôt que la confiance ? Elle nous prend à témoin avec cette interrogation, qui peut se poser bien au-delà de cet exemple : il s’agit de prendre le risque de s’en remettre à l’autre, dans ce monde où la crainte l’emporte souvent sur la croyance en cet autre.

On ne s’ennuie pas une seconde devant ce one woman show de quasi deux heures. Ceux qui aiment vagabonder aux quatre coins du monde ne pourront qu’accrocher à ces récits, se remémorer quelques-unes de leurs propres aventures et envisager de nouvelles destinations ; quant à ceux qui préfèrent rêver d’ailleurs dans un fauteuil confortable, ils ne seront pas déçus par les immenses canapés du Ciné XIII Théâtre, dans lesquels ils vivront par procuration un peu de ce périple, découvriront de nouveaux horizons avec peut-être l’envie de prendre eux-mêmes la route…

Jusqu’au 9 janvier 2016,
Au Ciné 13 théâtre.

A propos de l'auteur

Pauline Monnier

Pauline est éditrice aux éditions Lextenso (spécialisées en droit). Amatrice de théâtre et de cirque tout autant que de littérature et d'expositions, elle se passionne également pour les voyages, ayant notamment traversé huit pays d'Asie huit mois durant.

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