Et si l’on pouvait encore nous faire la lecture, comme lorsque nous étions enfants ?
Un lundi par mois, Tête de Lecture rend cela possible au Théâtre La Loge. Yves Heck, comédien, est à l’initiative de ces rendez-vous mensuels. Ce projet au long cours, vieux de quelques années déjà, propose une formule simple qui a su faire ses preuves. Certains principes de départ structureront les séances, pour mieux laisser l’improvisation opérer au sein de ce cadre.

Tout d’abord, le comédien lit à la salle un texte d’un auteur de son choix, un texte prévu pour l’occasion. Mais ensuite, c’est la plongée dans l’inconnu et le jeu du hasard car seront lues des pages amenées par les spectateurs mêmes. Il nous est demandé en effet d’apporter un livre dont nous aurons isolé un passage, plus ou moins long ; ce que nous aimerions entendre. Et chacun un ticket de tombola en main, nous attendons de voir si notre numéro sortira gagnant.
Un écrivain différent est invité à chaque séance, amené à se présenter au public et surtout à apporter à son tour des textes, trois, tirés de ses publications.

Ainsi le hasard des lectures est-il déterminé par quelques paramètres très précis : le choix de l’invité, les numéros tirés au sort, ou autres protocoles. Et l’acte de lire devient un lire-découvrir, une lecture au présent qui absorbe et restitue sans plus de recul. Seulement pour le plaisir de donner à entendre.
Pour le public aussi il s’agit de découverte, découverte des textes amenés par les autres d’auteurs que l’on connait ou absolument pas. Des textes qui nous parlent, d’autres qui n’évoquent rien en nous. Et si l’on a de la chance réentendre les mots que l’on a soi-même choisi, sous un autre jour, une autre voix qui n’y met pas les mêmes intentions. Là est tout l’intérêt d’un choix que l’on a pu faire pour des raisons éminemment personnelles, transposé au public et dans l’autre qui n’y perçoit que son point de vue propre. Une spectatrice d’ailleurs aura voulu provoquer un « putsch » et lire elle-même son texte, pour sa musicalité qu’elle veut nous exprimer, ce qui lui sera refusé car « ce n’est pas le principe ».
Se pose la question de l’interprétation, qui d’une personne à l’autre peut changer si intimement, transformer les intentions et transfigurer le message. Ici la lecture restera toujours globalement neutre, si tant est qu’une neutralité soit possible lorsque chacun possède sa voix propre. Cela est un choix, parmi une foule de directions potentielles.

A chaque texte tiré au sort, une question sera posée à son colporteur. Viendront alors se glisser quelques indices de l’intime, des habitudes de lecture de l’un ou des volontés intellectuelles de l’autre, quelques indices de ce qui est extérieur au spectacle et pourtant nous rassemble tous ici ce soir.
Les choix sont souvent contextuels, ici les attentats du mois de novembre et les résultats des élections régionales auront certainement dirigé certaines des lectures. Ainsi, malgré le jeu de l’aléatoire la séance finit par constituer un corpus cohérent, où les paroles d’êtres étrangers les uns aux autres, d’un français à un autrichien, du très contemporain de la dernière sortie littéraire à un écrit du XVIIIème siècle, se font échos dans une drôle d’harmonie inattendue.

Dans la petite salle, il y a plusieurs habitués. D’autres, comme moi, sont novices. On s’y est rendu seul ou avec un ami. Chacun venu apprécier ce moment de simplicité et de partage, où l’on apporte des idées et ressort riche de celles des autres, et de noms à s’approprier dans de prochaines lectures. Et l’on a envie de revenir, pour découvrir ce que seront les mots du mois prochain.

© Vahram Muratyan / Alban Gervais

© Vahram Muratyan / Alban Gervais

Présenté au Théâtre La Loge un lundi par mois

Une réponse

  1. Hosting Italia

    « J’aime lire a voix haute. J’aime ne pas savoir ce que je vais lire mais m’y projeter, m’y livrer tout entier. Ce saut dans le vide pousse a etre au present et peut construire avec les auditeurs mot apres mot une relation singulierement surprenante et ephemere, ce qui adviendra alors ne pouvant exister qu’une seule et unique fois. Tout cela m’a donne l’idee de Tete de lecture. »

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