C’est lors de la quinzaine de la solidarité à Fontenay-sous-Bois qu’on a découvert la pièce Jules Verne et le Griot. Faut-il nécessairement évoquer la solidarité pour donner à la création contemporaine africaine toute la place qu’elle mérite? L’histoire qui unit la France au Congo n’est-elle pas suffisamment significative pour en faire un sujet d’œuvre d’art, porté au devant de la scène ? Du moins c’est ce qu’a engagé la compagnie Le Pilier des anges en s’associant au conteur Hubert Mahela pour monter Jules Verne et le Griot, justement le fruit d’un assemblage entre récits de l’écrivain français et récits de traditions orales.

L’assemblage des registres est ce qui permet de réécrire l’Histoire, ou en tout cas d’en donner une version nouvelle. Hubert Mahela et sa comparse Fatou Ba racontent avec beaucoup de malice les récits d’explorateurs issus de romans de Jules Verne. Ils en donnent une vision moins glorieuse et dénoncent l’esprit de réussite individuelle qui motivaient les découvertes scientifiques et géographiques dans les colonies. Au prix de détruire la forêt, de livrer une vision inhumaine des populations autochtones, les explorateurs allaient toujours plus loin pour élaborer leur carte, celle d’une géographie européano-centrée.

L’expression joyeuse et burlesque par le conte offre une vision davantage critique et philosophique des explorations blanches en terre d’Afrique. C’est à travers le regard d’un enfant, voix en abîme à celle du griot, que se posent les questions : comment peut-on prendre les Pygmées pour des animaux ? Peut-on avoir une telle confiance en son pouvoir qu’on s’autorise à brûler la forêt ? Quels calculs savants autorisent l’absence d’éthique ? Ces interrogations montrent que l’histoire coloniale a quelque chose à dire de ce que nous vivons aujourd’hui : si l’Histoire a livré et glorifié une conception unique de la mondialisation scientifique, cette autre version proposée convoque a contrario les notions d’exploitation et de désastre écologique.

Le style n’est pas en reste, puisque le décor et les marionnettes faites de métaux recyclés suggèrent les paysages racontés et qui défilent à travers l’imagination du spectateur. L’esthétique de la scène évoque un univers scolaire rétro, mais aussi le registre du merveilleux, qui initie l’enfant à travers la jungle de ses héros. D’une manière très décontractée, les comédiens expriment les attitudes grotesques de leurs personnages incarnés par les marionnettes. Le conte contemporain d’Hubert Mahela parle, avec son esthétique burlesque, théâtralisée, des réalités nouvelles qui conditionnent l’homme Noir ou Blanc de maintenant. Et c’est plutôt réussi.

Programme du Théâtre Roublot.

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