Une « leçon » de simplicité.

Alessandro Sciarroni est un artiste italien actif dans le domaine des arts performatifs, avec plusieurs années de formation en arts visuels et recherche théâtrale. La vidéo de Your Girl tirée du spectacle éponyme créé en 2012, me l’avait fait découvrir. Une œuvre – inspirée de Madame Bovary et la transposition poétique de Giovanni Giudici, La Bovary c’est moi – où un artiste (Chiara Bersani) procède à un effeuillage, pièce par pièce finissant dans un aspirateur traîneau. Jusqu’à ce que, nue, elle poursuive avec les vêtements de l’homme (Matteo Ramponi). Le jeu de la margherita classique : elle aime, il ne l’aime pas, elle est en quête du désir, de l’amour. Les physicalités sont mises en résonances entre eux sur les notes de Non me lo so spiegare – de Tiziano Ferro.
Cependant dans Your Girl, ce n’est pas le déshabillage qui nous marque, mais le désir profond qu’elle a de l’autre. Un corps monumental qui l’accepte, sans la regarder, car le sentiment, les émotions, les petits gestes peuvent nous diriger au-delà des schémas corporels.

C’est ainsi que la danse contemporaine se désigne encore une fois comme un outil pour questionner le regard que l’on porte sur le corps aujourd’hui. Ce sujet est propre aussi au dernier spectacle du chorégraphe : Aurora. Que j’avais si hâte de voir, car comme l’artiste, je me déplace souvent, sans jamais arriver le croiser.

Le spectacle met en scène des joueurs de goalball. Un sport de ballon qui est pratiqué par des sportifs malvoyants ou non-voyants, et qui fait partie des sports paralympiques.
Le spectacle démarre en pleine lumière qui baisse graduellement pendant le spectacle-match. Les performeurs et le public, qui les supportent avec des cris suffoqués, se retrouvent tous dans les mêmes conditions, il ne subsiste que le son des cloches du ballon.
Puis la lumière revient et révèle la couleur blanche de l’aire de jeu, habitée par des corps qui transpirent. C’est ainsi qu’on arrive au cœur de la performance, au sous texte du travail, l’humain.
L’humain tout à coup est là, dans les corps qui transpirent, dans la durée du jeu qui met en valeur la beauté de la fatigue, quand s’imprime dans nos souvenirs une scène vivante, qui nous pousse à aller plus loin dans nos limites.

C’est ainsi le chorégraphe qui donne la preuve d’une rare intelligence et simplicité, si on pense à la scène théâtrale contemporaine dominée par l’épuisement, la souffrance, la violence, le sang et souvent pour une boulimie vomitive de la parole.

Du 23 au 27 décembre,
Au Théâtre de la Cité internationale.

Dans le cadre des festivals
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Festival d’Automne

Du 2 au 4 décembre,
Au 104.
(Le film Aurora, un percorso di creazione de Cosimo Terlizzi est diffusé après la représentation du 2 décembre.)

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