En s’inspirant d’une histoire vraie et du témoignage d’une amie, l’auteur a voulu dénoncer la violence conjugale ordinaire et le harcèlement moral qui insidieusement piège une femme et la détruit psychologiquement sans laisser de traces visibles, d’où le titre énigmatique de la pièce. La vie de couple apparemment tranquille est devenue un huis-clos étouffant, surtout après le départ des deux filles de la maison qui donne à la mère le sentiment d’être livrée à une paradoxale solitude.

Tout part d’un moment de panique absurde lorsque cette mère de famille censée faire les courses avant la visite d’un couple d’amis finit par les abandonner et s’enfuir. La réalité inquiétante alterne avec les souvenirs heureux rythmés par une chanson nostalgique. La situation se dégrade insensiblement au fur et à mesure que l’on découvre la personnalité à la fois séduisante et destructrice du mari dominateur qui alterne mouvements d’humeur et de tendresse et dont les éclats de rire et de voix font sursauter le public tenu en haleine jusqu’au bout devant cette crise conjugale d’une violence à peine contenue et dérangeante.

Cette figure de pervers narcissique manipulateur – presque un cas d’école aisément reconnaissable – joue avec sa victime consentante, qui finit par se révolter après sa douloureuse et salutaire prise de conscience. Les dialogues sont denses et complexes et révèlent une angoisse existentielle et des tensions au sein d’un couple apparemment ordinaire et sans histoires. C’est l’évocation glaçante d’une emprise terriblement aliénante et d’une relation toxique si prenante qu’au début de la pièce une spectatrice trop bouleversée a dû quitter précipitamment la salle, ne pouvant supporter pas une telle violence psychologique. Elle reviendra pour revoir la pièce qui l’a plus que touchée. Le suspense ne cesse de croître et la fin est inattendue. Ce problème d’une cruelle actualité est un appel à une prise de conscience collective et renvoie à chacun(e) à une interrogation vitale et à une libération de la parole féminine.

Les Ecchymoses invisibles 
Texte et mise en scène de Djamel Saïbi
Avec Emma Dubois et Eric Moscardo

jusqu’au 30 avril 2020.
Au Théo Théâtre 20.
Tél 01 45 54 00 16
infos@theotheatre.com

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