(Ce soir-là ce fut à La Manufacture de Nancy, mais le cycle des représentations s’annonce durable, passage à Metz, puis un mois ou presque au Théâtre du Rond-Point à Paris, et Châlons, et Caen, et Lisieux, puis Toulon, Saint-Quentin enfin, en avril 2020… Un véritable tour de France qui supposera diverses formes de réception en fonction des salles et des publics bien évidemment.)

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Bien qu’il s’agisse d’un répertoire de l’extrême-contemporain les références du texte semblent nécessiter chez les spectateurs une certaine profondeur de temps afin d’être comprises : une histoire des Trente Glorieuses à travers ses signes ne se comprend pas véritablement, elle doit se vivre, se revivre. Les deux spectres sur la scène, tout de blanc vêtus, l’oeil cerné de rouge comme pour aggraver le lien avec la mort, vont nous entraîner de pièce en pièce dans une maison qui n’a ni murs ni cloisons, et qui ne se présente à nos yeux que par la force de l’imagination. C’est de la parole qu’elle tient debout, de la parole qu’elle tire à la fois sa consistance et sa violence symbolique. La scène presque nue est habitée peu à peu des victimes de la guerre, de la maladie, du travail et de l’ennui, habitée mais désertée en même temps puisque la disparition de l’une appelle la disparition de l’un, qu’un nom efface l’autre, dans un enchaînement destructeur terrifiant. Dans ce mouvement ininterrompu, il y a peu de place pour la contemplation, tout va crescendo sous la scansion du pianiste, on creuse, on fouille, on gratte, rien à voir avec la réminiscence comme exaltation de retrouvailles avec le passé perdu, il s’agit plutôt de se défaire de ce poids, de cet encombrement, une famille, des souvenirs, des lieux… et pourtant ? l’épicerie de la grand-mère, la chambre bleue du garçonnet, les voitures des ouvriers, toute cette laideur constitue une part inaliénable de soi, un fragment d’identité, ce à quoi se retenir même si tout vacille. On passe de Tchekhov, de sa province morne et routinière, lui qui se lamentait de ce que l’on ne fasse que manger, boire, dormir et ensuite mourir, à la hargne de Thomas Bernhard face à  l’inanité du monde, mais sous la dimension féroce, les pointes et l’ironie, en dépit de tout, font sourire.

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21 RUE DES SOURCES
texte et mise en scène :
Philippe Minyana,
avec : Laurent Charpentier, Catherine Matisse,
musique : Nicolas Ducloux

6 NOVEMBRE – 1 DÉCEMBRE 2019

SALLE : JEAN TARDIEU
HORAIRES : DU MARDI AU SAMEDI, 20H30 – DIMANCHE, 15H30 – RELÂCHE : LES LUNDIS
DURÉE : 1H15

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