Pas rire, pas pleurer. Suite à une guerre mondiale déclenchée par des crises de fous rires, toute effusion d’émotion a été proscrite dans cette société où le risque est d’être identifié par ses pairs comme un IAR, un individu à risque, et alors mis au ban de la société. On régule ses émotions en permanence à l’aide d’un appareil et d’une médication personnalisée. Tous s’épient, se contrôlent, s’évaluent à l’aide de tout un tas d’applications appréciant les moindres faits et gestes des uns et des autres au mépris d’un quelconque droit à la vie privée. L’avis de tous a un poids égal, symbole d’une démocratie totale dénuée de tout contrôleur ou gardien. C’est l’opinion du plus grand nombre qui prime.

Ce portrait d’un état totalitaire n’est pas sans nous rappeler le roman d’Orwell, 1984, dans lequel la liberté d’expression et de pensée sont minutieusement contrôlées. La restriction de la liberté de ressentir est arboré ici comme un moyen de contrôler la pensée, celle-ci étant largement motivée par les émotions. Ainsi, si on contrôle les émotions et si on bannit l’attachement (il n’est pas autorisé d’aimer ses enfants plus que les enfants des autres, avoir des rapports sexuels hors mariage rapporte du bonus pour les notations), on polisse les esprits et limite la pensée.

Cela fait écho à la société actuelle dans laquelle chacun a un espace d’expression, une parole qu’il peut rendre public, des évènements et des profils qu’il peut liker, commenter, partager. Le culte de la personnalité est fort et le souci d’être vu et aimé par le plus grand nombre dépasse celui parfois de s’interroger, s’éduquer, cultiver son monde intérieur.

Les trois personnages de Terminus se rencontrent accidentellement dans le métro alors que la femme est au bord des larmes et qu’un homme se hâtant de rentrer chez lui pour manger les andouillettes de sa femme, la presse de ne pas craquer tandis que le troisième personnage essaie de la réconforter. Ils ont chacun une approche particulière de la société dans laquelle ils vivent entre acceptation pour l’un, méfiance pour l’autre ou défense aveugle du système pour la troisième.

Les comédiens sont impliqués et la mise en scène, bien que simple, est efficace. La scénographie composée de barres de métro, et de boutons que l’on peut déclencher à tout moment pour signaler un IAR a une forte symbolique.
Beaucoup de questionnements se soulèvent dans Terminus et les réponses qu’on nous apporte sont valables et consistantes même si elles pourraient davantage être approfondies encore. La scène presque vide arrive par le propos à nous emmener vers un ailleurs, un monde d’anticipation qui interroge réellement la société actuelle. On ressort alerte et plein de questionnements.


Au Théâtre du Nord Ouest.

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