C’est une bien jolie comédie légère sur les mœurs que nous livre Salomé Villiers, la metteure en scène.

Le jeu de l’amour et du hasard est la pièce la plus célèbre de Marivaux, présentée pour la première fois en 1730, c’est aussi la plus fréquemment jouée à la Comédie Française de toutes les pièces de l’auteur.

Marivaux joue avec les codes et s’amuse des conventions tout en les respectant parfaitement. Rien de mieux pour critiquer les mœurs patriarcales tout en évitant un scandale passible de générer un rejet de la part du public. Mots judicieusement choisis, intrigue légère mais qui permet tout de même de soulever des questions importantes, le théâtre de Marivaux est subtile.

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Le jeu de l’amour et du hasard arrive à point nommé, à une époque où les mariages arrangés sont légions. Le rang de naissance est primordial dans les rapports sociaux, mais voilà : comment être aimé pour ce que l’on est non pour ce que l’on représente ? Question pertinente mais non moins épineuse que cette pièce soulève. Comment prendre son destin en main lorsqu’on est un jeune homme bien né ? Comment s’assurer de la sincérité des sentiments de l’autre lorsqu’on est une jeune fille de la bonne société ? Et lorsqu’on est simple domestique, peut-on être aimé malgré l’absence de fortune ?

 

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Si Marivaux ne bouscule pas les règles établies (car les domestiques finissent avec les domestiques et les maîtres avec les maîtres), il a le mérite de soulever des interrogations dans une société patriarcale qui ne souffre aucune dénégation à ses règles. Les maîtres se travestissent en valets et les valets en maîtres. Prêcher le faux pour savoir le vrai, un procédé vieux comme le monde. Une histoire qui ne devait être qu’un badinage sans conséquences se transforme en une affaire sérieuse lorsque les personnages se rendent compte qu’ils sont pris par leurs sentiments. Et que faire lorsque ces sentiments vont à l’encontre de l’ordre établi ? Plus qu’une critique des mœurs bourgeoises, Marivaux lève le voile sur ce qui met mal à l’aise selon que l’on soit une femme domestique, une jeune fille bien née ou un valet. Silvia a une attirance pour Dorante qu’elle prend pour un valet, cela la gêne énormément à cause du statut social. En revanche, Lisette qui a pris la place de sa maîtresse, est ravie à l’idée de se marier avec Arlequin qu’elle croit être Dorante.

Quant à la mise en scène de Salomé Villiers, elle pétille par sa légèreté, son ton vif et enlevé. Les scènes sont entrecoupées par des passages vidéo, ce qui insuffle un dynamisme supplémentaire à la représentation. Une jolie pièce printanière pour découvrir le marivaudage.

 

Du 06 avril au 04 juin 2016

Au Théâtre Lucernaire

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