Eric Chartier présente des morceaux choisis de De la démocratie en Amérique de Tocqueville, essai (composé de deux livres édités respectivement en 1835 et 1840) qu’il a rédigé au cours d’un voyage aux Etats-Unis dans lequel il décrit puis analyse le système politique américain des années 1830.

Chartier choisit des passages dans lesquels l’Europe est la plus concernée en traitant les premiers pas de la démocratie sur la côte Nord-Est ainsi que les effets positifs en matière de formation politique que crée la décentralisation administrative. Les questionnements soulevés par Tocqueville abordent les enjeux du passage d’un Etat autoritaire à un Etat de droit, la démocratie qu’il estime pouvoir devenir une tyrannie qui agit sur ses serviteurs et ses élus en les traitant en courtisans, ainsi que la menace en matière de liberté de la loi du plus grand nombre.

En effet, Tocqueville entrevoit l’excès d’égalité comme une entrave à la liberté qu’il place au-dessus de toute chose. Une thématique on ne peut plus actuelle. Effectivement, à l’heure où le libéralisme poursuit une course effrénée, la liberté d’entreprendre, de posséder et d’accumuler… peut-elle s’effectuer au détriment d’une certaine égalité ? La liberté des uns ne peut-elle soumettre celle des autres ? D’autres, à l’instar de Tocqueville, estiment que l’égalité détient un aspect liberticide privant les plus méritants d’accéder à une haute réalisation personnelle : « Il y a en effet une passion mâle et légitime pour l’égalité qui excite les hommes à vouloir être tous forts et estimés. Cette passion tend à élever les petits au rang des grands ; mais il se rencontre aussi dans le cœur humain un goût dépravé pour l’égalité, qui porte les faibles à vouloir attirer les forts à leur niveau, et qui réduit les hommes à préférer l’égalité dans la servitude à l’inégalité dans la liberté. »
Qui sont les grands et qui sont les petits ? …

Chartier a de vraies qualités d’orateur. C’est un grand bonhomme à la voix pleine. Cependant, le dispositif choisi s’apparente davantage à une conférence qu’à un spectacle théâtral. En effet, le comédien est sur la petite scène du théâtre de l’île Saint-Louis et présente le texte de Tocqueville. On peine à voir un personnage derrière le lecteur, un décor derrière les mots. L’essai laisse peu de place à l’abstraction et l’imagination et il est difficile de s’accrocher au seul charisme du comédien pour vraiment être emmené.

 

Jusqu’au 26 Juin 2016.

Au Théâtre de l’île Saint Louis

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