2 couples de vieux amis. Dennis et Sandra d’une part, Albert et Margaret d’autre part. 84 ans et 52 ans de vie commune chacun. L’amour et l’amitié semblent très solides entre ces quatre personnages. Cependant, tout bascule le jour de la mort de Dennis. Sandra avoue à Albert l’avoir aimé toute sa vie, puis vu que « le véritable amour est réciproque » il se rend compte qu’il l’a lui aussi aimé. Margaret quant à elle révèle à son mari sa liaison avec Dennis et Albert se souvient alors que Dennis lui avait livré dans le passé son attirance pour sa femme Margaret. L’amour est donc bien réciproque. Mais ces histoires se sont-elles réellement passées ? Les questions se posent, au crépuscule de la vie d’un être, de ce qu’il a vécu, de ce qu’il aurait voulu vivre, de ce qui lui semble avoir vécu. Et qu’en est-il de l’autre qui nous a accompagné durant toute notre vie ou presque? Est-ce qu’il a bien vécu ce que l’on croit avoir vécu avec lui ? L’un et l’autre peuvent décider, au moment ultime, de réécrire tout ou partie de leur histoire. Des faits aux fantasmes, on se perd entre réalité et illusions. On se perd aussi dans le tumulte des personnages qui sont joués par différents comédiens. Ils sont au nombre de treize et abordent tour à tour les protagonistes avec une approche et interprétation singulière et affirmée. Un même personnage apparaîtra ainsi à l’image de celui qui porte son habit.

Les histoires sont tantôt relatées à la troisième personne (accompagnées d’un retour réflexif simultané), tantôt incarnées et on passe de l’un à l’autre embarquée dans une mise en scène fourmillante: gags en tout genre, chorégraphie, chansons. La forme prend d’ailleurs parfois le pas sur le fond tant une importante énergie est déployée à construire des effets. Certains sont efficaces, d’autres trop fabriqués ou redondants. La fraîcheur et la jeunesse qui se dégage du spectacle suscitant une agréable légèreté a le revers de manquer parfois de consistance.
D’autres moments sont touchants. Les souvenirs des personnages, intelligemment écrits, sont relatés avec sincérité et finesse. Les instants clés d’une vie où le sens de celle-ci prend soudain forme. Une pierre posée à un endroit sur laquelle on s’assoit et qui nous révèle à nous-même, le rose d’un coucher de soleil qui s’impose à nous à jamais comme le lieu d’une sécurité rassurante.
Les morceaux chantés sont également incorporés avec justesse et brillamment interprétés avec une émotion toute particulière pour l’interprétation de Cry Me River de Nelly Lawson qui émeut aux frissons.


Du 5 au 24 avril,
Au Théâtre de l’Aquarium.

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