Les clichés (mais on peut aussi dire les idées reçues) veulent qu’on imagine le récit d’une chute. La fille (on l’appelle comme ça “la fille”) a déjà passé ses meilleures années, et nous savons que le métier fait payer cher le temps.

Les clichés (mais soyons honnêtes, ce sont les putain de préjugés sur la nuit, sur les gens de la nuit) veulent qu’on assiste au récite d’une chute, mais Music Hall est plutôt un récit du salut dans la déchéance. Un motif récurrent chez Jean-Luc Lagarce, et dont la complexité relève du défi que Jacques Michel relève à merveille. Pas de pathos, pas de condescendance, il nous offre une version de Music Hall pleine d’humour et sans aucune concession à la nostalgie. Un jeu de costumes/décor, kitsch à souhait tout en évitant le ridicule et la caricature, complète le tableau et permet à la narratrice de métamorphoser la salle de théâtre en salle de cabaret où elle livre ses succédanés à un public perdu.

Et comme son public, nous tombons sous le charme.

Car même si l’époque où les musiciens venaient jouer pour la fille, où les amants étaient nombreux et où les spectateurs se taisaient pour pas la perturber, semble loin, nous comprenons qu’elle restera la reine (de la nuit, de la fin de la nuit ) au moins tant qu’elle n’oublie pas la vieille chanson de Josephine Baker qui la fait tenir debout et conserver son tabouret, son dernier lien au monde, sa dignité ultime en tant que symbole de son art et son outil de travail.

Vu au théâtre La Reine blanche.

A propos de l'auteur

Ricardo Abdahllah

Journaliste colombien. Il est, depuis 2007, le correspondant du quotidien EL ESPECTADOR. Il collabore également pour l'édition en espagnol du magazine Rolling Stone et pour la chaîne AL JAZEERA.

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