Dans ce qui pourrait être sa dernière saison, le Théâtre de l’Aquarium donne à entendre des Paroles de Femmes. La première partie de ce festival nous permet d’assister à une représentation bouleversante de 4’48 Psychose, fruit de trois ans de travail de Sara Llorca et Charles Vitez à la mise en scène, Bidiefono DeLaVallet à la chorégraphie, sur une musique de Benoît Lugué et de Mathieu Blardone.

Le dernier texte de Sarah Kane livre la voix d’une femme qui veut être entendue, et, qui, dans sa souffrance, marche vers un silence définitif. Ni acte, ni scène, ni didascalie, ni nom : à sa lecture, il est difficile de déterminer s’il s’agit d’un dialogue d’une conscience avec elle-même ou si un médecin est présent.
Comment mettre en scène cette tension entre la vie et la mort ? Comment rendre compte du mysticisme et du cynisme, de ces ténèbres et de cette lumière ? Sara Llorca a choisi de donner à voir : donner du corps en donnant des corps. Sa mise en scène impose d’emblée la dissociation : le personnage principal, une femme, est très rapidement rejoint d’un homme, figure quasi silencieuse. A deux, ils rendent sensibles la disjonction entre le corps et l’âme ; ils sont les deux moitiés de l’hermaphrodite, les pulsions contradictoires aux prises dans cette parole. Plus tard, ils seront rejoints d’un tiers, le médecin, qui devra composer avec l’un et l’autre.
Cette dissociation repose sur deux modalités artistiques. Le dit – le texte – est interprété par Sara Llorca. Les transes dansées de DeLaVallet, avec ou sans Sara Llorca rythment ce texte et jouent leur rôle à part entière dans ces différents dialogues. Elles créent des respirations lyriques.
L’espace de jeu est défini par des chaises vides dont la configuration matérialise la vibration du texte. En cercle à l’ouverture, elles invitent au refuge ou à l’enfermement. Renversées, elles matérialisent la violence. En carré, elles ouvrent sur le public, et se font estrade.
La scénographie, la danse, le jeu des acteurs participent à cette impression de cheminement et d’acceptation. On en sort ému, et quelque part apaisé.

Du 2 au 21 février,
Au Théâtre de l’Aquarium.

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