Omar Porras, accompagné des membres de sa compagnie le Teatro Malandro, reprend la célèbre pièce du répertoire helvétique de Friedrich Dürrenmat. Plus d’une dizaine d’acteurs masqués vont s’emparer de ce bal aussi cruel qu’agité.
Gullen est une petite ville d’Allemagne anciennement luxuriante, mais qui après ses heures heureuses, a connu un lent déclin. Les caisses sont vides, les habitants survivent à peine. Les trains (même les omnibus) ne marquent plus l’arrêt. Bref c’est un lieu laissé à l’abandon.
Tout bascule le jour où la vieille milliardaire Clara Zahanassian, enfant du pays ayant fui autrefois la ville pleine de la honte d’un enfant n’ayant été reconnu ni par son père ni par la justice, refait surface. Les villageois l’accueillent en grande pompe et escomptent bien lui soutirer quelque argent. Elle n’est pas contre mais cet argent elle ne le donne pas, elle veut s’acheter quelque chose : la mort de celui qui l’a abandonnée elle et son enfant quelque quarante ans auparavant, Alfred Ill. Il faudra alors, pour les habitants, choisir entre les milliards et la vie du citoyen le plus aimé de tous.
C’est alors que les sentiments s’entrechoquent. Entre humanité et cupidité, la bienveillance a vite fait de se laisser engloutir par l’appât du gain. L’amour et la bonne moralité font pâle figure face à l’envie de posséder et force est de se rendre à l’évidence que tout s’achète, même l’envie de vengeance.
Ce glissement vers la plus humaine des cruautés est exposé dans une mise en scène dynamique et foisonnante. Ca chante, ça danse et on assiste à un ballet aussi explosif que millimétré. Certaines images sont fortes et restent gravées. Les scènes de groupe sont précises et chorégraphiées avec soin. L’univers du masque nous emmène dans un ailleurs au travers duquel les corps, les genres et les voix se travestissent, l’enveloppe du comédien s’effaçant complètement au profit du personnage, faisant ainsi s’entremêler l’étrange au grotesque et n’en dépeignant une réalité que plus désespérante. L’exercice est réussi avec brio et l’interprétation est tout bonnement remarquable. Cependant, on a du mal à être réellement touchés. Le texte nous parvient mais la mise en scène est tellement vive et colorée qu’elle ne laisse pas vraiment le temps aux mots de prendre forme dans l’émotion. Les séquences défilent et s’enchaînent à une allure telle que, si nos yeux et notre tête parviennent à suivre la cadence, notre cœur lui est tout juste effleuré.

Vu au Théâtre 71.

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