Une fumée diffuse flotte sur le décor où se découvre un dortoir émaillé de lits imbriqués dans des petites maisonnées à fenêtres se formant et disparaissant à l’aide d’un système de coulissage. La promiscuité du dortoir manifeste la proximité entre les personnages logés dans la demeure de la comtesse Olivia ; leur intimité étant tout juste marquée par les voilures qui tombent sur les côtés de leurs lits. 

Ce petit monde enjoué et débordant d’énergie entoure une comtesse endeuillée (suite à la mort de son frère) : Maria son espiègle suivante, Malvolio son dévoué et austère serviteur, Feste le fou, Sir Toby (un parent) très porté sur la boisson et sans cesse affublé de son benêt de compère : Sir Andrew. Les frasques et les farces vont bon train dans cette maison qui vit à cent à l’heure. On chante, on danse, on rit. On se rit aussi de ceux qui se prennent trop au sérieux. 
Du côté d’Orsino, éperdument amoureux d’Olivia laquelle repousse ses avances, l’ambiance est plus austère. Il se morfond. L’arrivée d’un serviteur, Césario, un jeune homme sensible et pétillant (qui est en fait Viola, une jeune femme rescapée d’un naufrage, travestie pour survivre dans ce monde dans lequel elle se pense seule, s’imaginant que son frère jumeau, Sébastien, est mort noyé) va le réanimer. Orsino va user de l’habileté de son protégé pour l’envoyer séduire, à son profit, celle qu’il aime. 
Évidement sa bien-aimée va s’éprendre de Césario/Viola qu’elle pense être un jeune homme fougueux. Tandis que Viola, elle, voit des sentiments naître pour son maître. Des amours impossibles qui mettent en scène nombre de quiproquos, de frustrations et de désespoirs. Chacun pense des choses erronées sur l’autre. Travestissement de sexe, de sentiments (on se joue de Malvolio en lui faisant croire qu’il est aimé par la comtesse ce qui le pousse aux pires inepties). Le fou est-il vraiment fou ? Et quand Sébastien, portrait craché de Césario/Viola réapparaît ça ne simplifie pas les choses. Fort heureusement les choses se délient et tout le monde finit par y trouver son compte. Tout est bien qui finit bien.
Et on est bien content. Les personnages sont si attachants. Et puis, c’est une comédie qu’on nous présente là. On ne cesse de rire et d’être étonné. Les facéties des uns et des autres sont rondement menées. Le jeu est vif et intelligent. Les comédiens pétillants. On sent qu’ils s’amusent. Et tout en se laissant aller aux farces les plus hilarantes, avec un jusqu’au-boutisme réjouissant, ils font preuve d’une justesse et d’une précision remarquables. Bien que la maîtrise absolue de certains comédiens émeuve particulièrement (mention particulière pour Suzanne Aubert dans le rôle de Viola/Césario/Sébastien), le casting est excellent dans son ensemble. 

Clément Poirée insuffle une fraîcheur et une énergie au fabuleux texte de Shakespeare qui nous emmène dans un univers fantasque et néanmoins sensible dans lequel on ne voit absolument pas le temps passer tant les situations et l’interprétation sont chatoyantes, énergiques et menées à un rythme effréné. Du théâtre qui donne tout son sens au terme spectacle vivant. On est séduit, touché, ému.

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